Sport

Algérie – Maroc : la carte de la discorde étend brutalement le conflit au sport

En 48 heures, deux rencontres sportives entre des équipes algériennes et marocaines ont été annulées à cause d’une carte controversée du Maroc incluant le Sahara occidental.

Plus globalement, c’est l’utilisation du sport par le Maroc comme tribune politique pour imposer le fait accompli de sa colonisation du Sahara occidental qui pose problème. À ce rythme, Algériens et Marocains risquent de ne plus s’affronter de sitôt dans les compétitions sportives.

Dimanche 21 avril, l’USM Alger et la RS Berkane devaient disputer à Alger la demi-finale aller de la Coupe de la Confédération africaine de football. Le match n’a pas eu lieu à cause du refus des joueurs de l’équipe marocaine de jouer avec des maillots autres que ceux que les Douanes algériennes avaient refusés de laisser entrer sur le territoire algérien 48 heures plus tôt.

Ces tenues portaient un message politique flagrant, de surcroît en contradiction avec les positions de l’Algérie.

La carte du Maroc incluant le Sahara occidental floquée sur le maillot de RS Berkane est, à la fois un manquement aux règlements de la FIFA et de la CAF qui interdisent l’emploi de slogans politiques ou religieux dans le sport, et une provocation directe à l’égard de l’Algérie qui, conformément au droit international, ne reconnaît pas la « marocanité » du Sahara occidental et soutient le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination.

L’affaire a eu un énorme retentissement médiatique et populaire. En Algérie, elle a suscité une sorte d’union sacrée et un immense élan de solidarité avec l’équipe de l’USMA. Du côté du Maroc, encouragé par le laisser-faire de la CAF, c’est aussi l’intransigeance.

Il était dès lors évident que cet incident ne sera pas le dernier. Ce qui s’est vérifié dès mardi 23 avril lorsque l’équipe algérienne U17 de handball a refusé d’affronter son homologue marocaine à Casablanca, dans le cadre d’une compétition arabe, toujours à cause de ce maillot de la discorde.

La carte de la discorde étend le conflit Algérie – Maroc sur le terrain du sport

Dans le passé récent, il est arrivé plus d’une fois que la politique fasse annuler des compétitions sportives entre les deux pays, à chaque fois à cause de l’insistance du Maroc à vouloir utiliser le sport pour mettre l’Algérie devant le fait accompli.

En 2022, la fédération africaine de handball a dû reporter la CAN prévue au Maroc et que l’Algérie a menacé de boycotter à cause de l’intention des Marocains de programmer des matchs dans des villes sahraouies occupées.

En janvier 2023, la fédération royale de football a tenté de faire céder l’Algérie sur une question relevant de sa souveraineté en voulant déplacer son équipe des locaux par un vol direct vers l’Algérie alors que celle-ci a fermé son espace aérien aux avions civils et militaires marocains depuis l’été 2021. Devant la fermeté des autorités algériennes, l’équipe marocaine a fini par boycotter le Championnat d’Afrique des Nations (CHAN) prévu en Algérie.

Outre les compétitions interclubs et de jeunes de différentes disciplines dans lesquelles des représentants de l’Algérie et du Maroc peuvent de se rencontrer au hasard du tirage au sort, des compétitions d’envergure à venir risquent d’être perturbées si la question n’est pas prise au sérieux par les instances internationales.

On pense notamment aux deux tournois majeurs de football prévus au Maroc dans les prochaines années, soit la CAN 2025 et la Coupe du monde 2030, que le royaume organisera conjointement avec l’Espagne et le Portugal.

Le Maroc ne laissera pas passer de telles opportunités pour tenter d’imposer le fait accompli de la colonisation et tenter de faire plier symboliquement l’Algérie, par cette carte qui inclut le Sahara occidental, ou par tout autre procédé.

Pour ne pas en arriver là, les instances sportives internationales doivent anticiper et agir dès maintenant. Évidemment, il leur est plus facile d’appliquer leurs propres règlements en interdisant au Maroc toute expression politique dans le sport que de demander à l’Algérie de changer ses positions souveraines.

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