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Algérie-Maroc : vers la rupture totale des relations diplomatiques ?

Algérie-Maroc : vers la rupture totale des relations diplomatiques ?

Depuis 1994, les relations entre l’Algérie et le Maroc n’ont jamais été à si peu de distance de la rupture. La multiplication de ce que l’Algérie qualifie d’ « actes hostiles » a déjà provoqué le rappel de son ambassadeur à Rabat le 18 juillet dernier.

Un mois après, le 18 août, le Haut conseil de sécurité (HCS) annonçait la « révision des relations » et le renforcement de la surveillance sécuritaire aux frontières avec le Maroc.

| Lire aussi : Algérie – Maroc : le double jeu du roi Mohamed VI

Ce qui s’est passé il y a 27 ans n’est en rien comparable aux actes successifs auxquels on a assisté ces dernières semaines. Au plus fort de la violence terroriste en Algérie, les autorités marocaines s’étaient précipitées après un attentat à Marrakech et imposé le visa aux Algériens et même aux Français d’origine algérienne.

L’Algérie avait fermement réagi en décidant, entre autres mesures, de fermer la frontière terrestre entre les deux pays. La mesure est toujours en vigueur en dépit des appels incessants du Maroc pour la lever.

Les relations entre les deux pays n’ont, depuis, presque jamais été au beau fixe, mais ce qui se passe depuis au moins la mi-juillet dépasse de loin en gravité l’imposition d’un visa d’entrée aux ressortissants d’un pays voisin.

Le 14 juillet, le Maroc a, par la voie de sa représentation aux Nations-Unies, apporté formellement son soutien à un mouvement qui œuvre pour la division de l’Algérie, en l’occurrence le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), classé « organisation terroriste » par les autorités algériennes deux mois auparavant.

D’autres actions viendront confirmer qu’il ne s’agissait pas d’une simple tentative de contrebalancer le soutien algérien au Front Polisario. Dans la foulée, la presse mondiale dévoile l’implication du Maroc dans une vaste opération d’espionnage visant essentiellement l’Algérie et certains de ses hauts responsables politiques et militaires.

La provocation de trop 

Le Maroc aggravera en quelque sorte son cas lorsque le Premier ministre israélien a choisi son territoire pour désigner l’Algérie comme source d’ « inquiétudes » pour son pays et son nouvel allié. L’accusation de « rapprochement »  avec l’Iran est une menace presque explicite qui ne pouvait pas laisser Alger sans réaction ferme.

En s’alliant avec Israël qu’il tente d’entraîner dans une aventure « suicidaire » contre l’Algérie, pour reprendre les termes du ministère algérien des Affaires étrangères, le Maroc a brûlé ses vaisseaux et laissé très peu de chances aux relations entre les deux pays de retrouver au moins leur niveau d’il y a quelques mois.

Le 18 août, le Haut conseil de sécurité a accusé le Maroc d’avoir apporté « aide et soutien » à deux organisations algériennes présentées comme responsables des derniers incendies qui ont ravagé certaines régions du pays, et fait savoir que tout cela a « nécessité de revoir les relations » avec le Maroc.

Pour les observateurs, il devient quasi certain que les choses n’en resteront pas là et ce ne sont pas les discours mielleux du roi Mohamed VI qui y changeront quelque chose, ses belles paroles étant très peu prises en sérieux car démenties par les actes de sa diplomatie et de ses services.

L’Algérie ne dispose pas que de la frontière fermée comme levier. Samedi 21 août, en infirmant des déclarations d’une responsable marocaine, des sources algériennes ont laissé entendre que le contrat du gazoduc Maghreb-Europe qui transporte le gaz algérien vers l’Espagne via le Maroc pourrait ne pas être renouvelé à l’issue de son expiration le 31 octobre prochain.

L’affaiblissement de la médiation arabe

Sur le plan diplomatique, l’Algérie a rappelé son ambassadeur à Rabat au lendemain de l’ambassadeur Omar Hilale, il y a un mois. L’étape suivante devrait logiquement être la réduction de la représentation diplomatique respective au niveau des chargés d’affaires, mais les observateurs n’excluent pas de voir Alger, au vu de la gravité des griefs retenus à l’égard de Rabat, passer directement à la mesure extrême de la rupture totale des relations avec le Maroc.

Selon nos sources, toutes les options sont désormais sur la table, y compris celle de la rupture totale des relations diplomatiques entre les deux pays. Les relations entre l’Algérie et le Maroc ont quasiment atteint le point du non-retour. A Alger, certains pensent même que l’ère du roi Mohamed VI est révolue.

Cette détérioration inexorable des rapports entre les deux voisins est accentuée par le contexte régional, marqué par l’affaiblissement de la médiation arabe, qui intervenait auparavant pour atténuer les effets des déclarations hostiles sur les relations entre l’Algérie et le Maroc.

Aujourd’hui, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, les deux grandes puissances arabes, sont dirigés par des princes qui ont une autre vision des relations interarabes, et surtout pour le second qui est devenu un partisan de premier plan de la normalisation entre les pays arabes et Israël, contrairement à l’Algérie qui y a exprimé son hostilité à un tel projet. Et cette normalisation qui a précipité les relations entre Alger et Rabat dans l’abîme.

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