Société

Bac en Algérie : l’obsession de la triche

Les autorités algériennes exagèrent-elles le phénomène de la fraude aux examens scolaires, notamment le baccalauréat ?

Cela fait plusieurs années en tout cas que cet examen qui ouvre les portes de l’université aux lycéens est plus évoqué sous l’angle des mesures à prendre pour le « sécuriser » que dans ses aspects pédagogiques.

Le session de cette année 2022, prévue entre le 12 et le 16 juin, ne fait pas exception.

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Le ministre de l’Education a évoqué le sujet à deux reprises en l’espace d’une semaine, à chaque fois pour lancer des mises en garde.

D’abord à l’adresse des élèves qui seraient tentés par la triche, ensuite contre ceux qui viendraient perturber le bon déroulement de l’examen par la fuite des sujets sur les réseaux sociaux.

Abdelhakim Belabed a exhorté le 23 mai les directeurs de l‘éducation à appliquer avec rigueur la loi criminalisant la fraude aux examens.

Le 31 mai, il a appelé à la même fermeté à l’égard de ceux qui « diffusent de faux sujets ».

Des propos du ministre, il est aisé de déduire que la fuite des « vrais sujets » est impensable au vu de tout le dispositif mis en place pour l’empêcher.

La « sécurisation » du bac est devenue une obsession depuis le lointain scandale de fuite des sujets en 1992.

L’avènement d’Internet et des terminaux de téléphonie mobile a donné lieu à de nouvelles formes de triche, donc à de nouveaux outils de prévention et de sanction.

Aveu d’échec

En 2020, le Code pénal a été amendé pour prendre en charge ce type de délits.

Les peines prévues traduisent l’obsession du « risque zéro » qui hante les autorités algériennes : les tricheurs encourent jusqu’à 15 ans de prison et 300 000 dinars d’amende.

Parallèlement, l’Internet est systématiquement coupé dans tout le pays pendant toute la durée des épreuves, soit une semaine.

Cela dure depuis 5 ou 6 ans en dépit des plaintes répétées de ceux qui se retrouvent pénalisés par une telle mesure extrême.

Des pans entiers de l’économie sont contraints de tourner au ralenti pendant une semaine alors que des alternatives existent.

Chaque année, des voix s’élèvent pour expliquer que l’interdiction des téléphones portables et autres terminaux et le brouillage du réseau dans les centres d’examen suffisent et que, de toute façon, le risque zéro n’existe pas, ni dans ce domaine ni ailleurs.

Le ministre Belabed lui-même a reconnu que la triche et autres comportements négatifs ont sensiblement reculé, mais les mesures extrêmes sont toujours là, pénalisant le citoyen et l’économie et renvoyant une image peu reluisante du secteur de l’éducation et de tout le pays.

Car si le phénomène appelle une telle mobilisation, on peut bien comprendre qu’il n’est pas marginal, et c’est déjà un aveu cinglant que l’école algérienne a échoué dans sa mission d’éducation.

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