Économie

Balance des paiements, réserves de change : la situation continue de se dégrader

Pour la première fois cette année, la Banque d’Algérie a dévoilé, mercredi 11 juillet, des données sur la situation de nos équilibres financiers extérieurs en 2018. Elles concernent le premier trimestre et constituent à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle.

La bonne nouvelle : le déficit de la balance des paiements est en baisse sur les trois premiers mois de l’année. Il a reculé de plus de deux milliards de dollars par rapport à la même période de 2017.

La mauvaise nouvelle : le déficit des paiements extérieurs se maintient à un niveau élevé malgré le redressement des cours pétroliers. Le solde global de la balance des paiements affiche encore un déficit de 4,36 milliards de dollars à la fin mars 2018.

Alors que les chiffres publiés par les douanes algériennes depuis le début de l’année suggérait un rétablissement spectaculaire de nos échanges extérieurs de marchandises, les informations rendues publiques par la Banque d’Algérie, beaucoup plus complètes parce qu’elles couvrent l’ensemble des mouvements de biens, de services et de capitaux, conduisent à la constatation d’une résistance des déficits externes qui a de fortes chances de camper le décor des prochains mois, en dépit de l’optimisme affiché par le gouvernement dans ce domaine.

Les dépenses de l’armée

Les statistiques douanières indiquaient à fin mars un déficit de la balance commerciale réduit à 490 millions de dollars. Ce n’est pas du tout le chiffre livré par la Banque d’Algérie qui estime qu’il s’est établi à 2,33 milliards de dollars au 1er trimestre 2018.

On connait les raisons de ces écarts entre les deux institutions dans la mesure du déficit commercial. La principale est la prise en compte par la Banque d’Algérie des importations destinées à la Défense nationale qui ne sont pas enregistrées par l’administration des Douanes – le matériel militaire n’est pas soumis à la procédure douanière.

La différence est de taille et installe le déficit de nos échanges pour les seules marchandises, sur une pente qui se situe encore entre 9 et 10 milliards de dollars en rythme annuel, malgré le redressement sensible des cours pétroliers enregistré depuis le début de l’année.

Réduction du déficit des échanges de services

Les mouvements de marchandises ne sont pas la seule composante de nos échanges extérieurs. Les échanges de services jouent également un rôle important. Ils se composent principalement de prestations d’assistance technique, mais pas seulement dans le domaine pétrolier ; ils couvrent également le transport assuré par les transporteurs étrangers des marchandises importées par l’Algérie et les assurances à l’international. Dans ce domaine, le déficit s’est chiffré à 2,03 milliards de dollars fin mars 2018, contre 2,4 milliards à fin mars 2017. Ce qui pourrait ramener le déficit des échanges services à 8 milliards de dollars en rythme annuel, contre près de 10 milliards au cours des dernières années.

Les transferts de bénéfices en hausse

En revanche, on a assisté au cours du 1er trimestre 2018 à une forte augmentation des bénéfices rapatriés vers l’extérieur par les entreprises étrangères activant en Algérie. Le déficit s’est creusé à 1,05 milliard de dollars contre 0,54 milliard de dollars à la même période de l’année dernière. En cause, principalement les entreprises du secteur pétrolier qui réalisent logiquement de meilleurs résultats grâce à la hausse des cours du baril. Les transferts de bénéfices réalisés par les banques à capitaux d’origine étrangère sont également en augmentation.

En sens inverse, les transferts des retraites et pensions vers l’Algérie ont augmenté de 12,3% en passant à 0,83 milliard de dollars à fin mars 2018 contre 0,74 milliard à fin mars 2017.

Un montant d’IDE toujours très modeste

Les chiffres communiqués par la Banque d’Algérie confirment également le montant très modeste des Investissements directs étrangers (IDE) enregistrés par notre pays. Le « compte de capital » de la Balance des paiements qui enregistre leur mouvement, affiche un excédent de 265 millions de dollars pour les trois premiers mois de l’année.

Les investissements directs étrangers ont atteint 314 millions de dollars au 1er trimestre 2018 contre 268 millions à la même période de l’année 2017. Une performance qui installe notre pays sur un rythme annuel d’environ 1,2 milliards de dollars en 2018, en ligne avec les données communiquées récemment par la CNUCED pour l’année 2017.

Les réserves de change à 94 milliards de dollars à fin mars

Conséquence directe du déficit de la balance des paiements, les réserves de change de l’Algérie ont baissé à 94,5 milliards de dollars à la fin du 1er trimestre 2018

Elles étaient à 97,3milliards de dollars à la fin décembre 2017, ce qui donne une baisse du matelas de devises de 2,8 milliards entre décembre 2017 et fin mars 2018, soit une baisse d’un peu moins d’un milliards de dollars par mois .

Cette baisse, explique la Banque d’Algérie , “est la conséquence des effets croisés, sur la période, d’un solde global négatif de la balance des paiements et de la valorisation positive du stock des réserves de change de 1,55 milliard de dollars”.

Selon nos sources cette valorisation positive du stock des réserves est la conséquence de la poursuite de l’appréciation de l’euro par rapport au dollar au cours des premiers mois de l’année.

Accélération de la baisse des réserves au deuxième trimestre

Quelles sont, sur la base des informations désormais disponibles, les perspectives pour le premier semestre et l’ensemble de l’année en cours ? Il y a quelques semaines, Ahmed Ouyahia, avait court-circuité la Banque d’Algérie en répondant aux questions des journalistes, à l’occasion dune conférence de presse organisée au terme du Conseil National du RND.

“A la fin du mois de mai, les réserves de change de l’Algérie s’établissaient à 90 milliards de dollars”, avait précisé M. Ouyahia. Le chiffre de 90 milliards de dollars de réserves de change à fin mai communiqué par le Premier ministre reste inédit. Il confirme la poursuite et l’accélération au deuxième trimestre, de l’érosion des réserves de change du pays depuis le début de l’année 2018, en dépit de la remontée des cours pétroliers et des efforts entrepris par le gouvernement pour freiner les importations .

L’information livrée par Ahmed Ouyahia indique une baisse de 7,3 milliards de dollars en cinq mois. Soit une perte d’environ 1,5 milliard de dollars par mois, depuis le début de l’année. Cette tendance devrait nous conduire, sans grand risque d’erreur, à un niveau de réserves d’un peu plus de 88 milliards de dollars à la fin du premier semestre 2018 .

Quel niveau de réserves de change en fin d’année ?

Le Premier ministre a également livré un pronostic sur le montant que les réserves de change pourraient atteindre en fin d’année. Elles devraient baisser à « 85 milliards dollars à la fin de l’année en cours, en raison des importations des biens et services », a précisé M. Ouyahia .Un pronostic très optimiste repris hier par l’agence officielle qui se réfère aux projections du ministère des finances dans sa trajectoire budgétaire 2018-2020.

Ces dernières sont sans doute déjà dépassées ; avec des réserves de changes de 88 milliards à fin juin et un déficit de la balance des paiements de l’ordre de 8 milliards au premier semestre ( 4,3 milliards au premier trimestre ). La prolongation de la courbe suggère très fortement que le niveau des réserves de change devrait en réalité tester la barre des 80 milliards de dollars à la fin de l’année en cours, avec un déficit global de la balance des paiements qui devrait rester proche de 16 à 17 milliards de dollars en cas de maintien, probable, des prix pétroliers dans une fourchette de 70 à 75 dollars.

Un pronostic d’autant plus probable que les importations stimulées sans doute par l’augmentation des dépenses publiques, sont en cours de redressement depuis le deuxième trimestre

Deux éléments supplémentaires devraient contribuer à pénaliser nos réserves de change, d’ici la fin de l’année. Le premier est l’effet de valorisation du stock des réserves de change, qui joue depuis le mois de mars et contrairement au premier trimestre, un rôle «négatif » en raison de l’ appréciation du dollar – devise dans laquelle sont libellées près de la moitié de nos réserves de change, par rapport à l’euro .

Le deuxième est constitué par les investissements réalisés par Sonatrach à l’étranger, notamment l’acquisition d’une raffinerie en Italie pour un montant estimé à 700 millions de dollars, qui devrait pour la première fois depuis très longtemps, impacter cette année le compte de capital de la balance des paiements.

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