Politique

Ce que révèle la crise de l’huile de table en Algérie

Encore une pénurie dans cette Algérie où décidément les crises ne s’estompent que pour laisser place à d’autres, plus aiguës, plus inexplicables.

Cette fois, c’est l’huile de table, produit semi-subventionné et considéré comme de première nécessité pour les ménages algériens, qui vient à manquer sur les étals des supermarchés et des petits commerces.

Maintenant que les principaux acteurs concernés par cette histoire se sont exprimés, du ministre du Commerce aux représentants des commerçants et des consommateurs, en passant par les producteurs, du moins le principal d’entre eux, on comprend mieux ce qui s’est passé, mais toujours pas comment un pays peut en arriver à manquer d’une denrée qu’il produit en abondance, à hauteur apparemment du sextuple de ses besoins.

Des images insoutenables

Cette crise révèle bien des dysfonctionnements et des impérities et livre des enseignements sur lesquels il faudra s’attarder.

Il y a d’abord ces images insoutenables largement partagées jusqu’au-delà des frontières du pays. Des gens qui hurlent, courent et se bousculent pour un bidon d’huile, vident les étals en un clin d’œil, c’est une scène de pays en grave crise ou extrêmement pauvre.

L’image de l’Algérie en a pris un sacré coup et il est très regrettable d’en arriver là.

D’autant plus regrettable que, encore une fois, les gens se sont rués sur un produit dont les responsables jurent qu’il est disponible en quantités suffisantes.

Ce qui nous amène au principal enseignement qu’il faudra tirer de ce qui se passe ces jours-ci : l’Algérie vit certes plusieurs crises à la fois, mais celle qui empêche toutes les autres de trouver le chemin de la solution, c’est la crise de confiance.

Dans un État ou la relation entre gouvernants et gouvernés est au moins « normale », la parole d’un ministre de la République ne serait pas si peu prise au sérieux.

Kamel Rezig, ministre du Commerce, a plusieurs fois répété de la manière la plus solennelle qui soit que l’huile est disponible et qu’il n’y a pas lieu de s’affoler.

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Quand tout un État n’arrive pas à démentir une rumeur

Ses assurances sont confortées par celles tout aussi claires des principales organisations de commerçants et de consommateurs, par l’attestation du premier industriel du pays.

Cela n’a pas dissuadé les citoyens de tenter de constituer des stocks en prévision du mois de Ramadhan et d’une rareté plus aigüe du produit que la rumeur dit inéluctable.

Tant de voix qui peinent à démentir une rumeur, c’est le signe qu’il y a plus qu’un malaise dans le rapport du citoyen à l’État. D’autant que ce n’est pas la première fois que cela se produit.

Les gens ont réservé la même méfiance aux assurances des autorités par rapport à la crise des liquidités dans les bureaux de poste et il est même arrivé que les Algériens s’exposent à un grave danger sanitaire par leur incrédulité face aux explications et mises en garde de tout l’État, corps médical compris. C’était il y a une année au début de la pandémie de Covid-19.

Cette tension sur l’huile nous apprend donc que le déficit de confiance peut défier toute logique économique et créer une crise du néant. Il est vrai qu’à l’heure actuelle, le pays ne manque pas d’huile de table, mais la pénurie, la vraie, n’est plus exclue maintenant que les citoyens se sont mis à vider les étals.

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Atomisation dangereuse du secteur du commerce

Les unités des six opérateurs en activité ont beau tourner à plein régime, il leur sera difficile de suivre un tel rythme d’achat sur une longue durée.

La tension dévoile aussi les limites de la gestion à la hussarde que certains ministres et responsables croient encore porteuse sur le plan de l’image.

Ne l’oublions pas, c’est la brusque obligation faite aux distributeurs de facturer leurs transactions qui les amenés à boycotter un produit qui ne leur assure plus une marge de rentabilité.

Enfin, et ce n’est pas la moindre des leçons, la crise actuelle doit rappeler à tout le monde la tare principale du secteur du commerce qui empêche toute régulation pérenne : l’atomisation de l’activité et la part rachitique de la grande distribution avec ses organes régulateurs.

Le commerce est un secteur stratégique, vital et sensible, qui relève de la sécurité nationale. Une simple rumeur peut provoquer des pénuries et des émeutes. Il n’est pas normal de le laisser entre les mains de l’informel.

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