Économie

Controverse autour de champs de colza en Algérie

Le ministère de l’Agriculture et du développement rural a dépêché une commission d’enquête à Guelma. Selon Hicham Safar, député et membre de la commission économique de l’Assemblée nationale populaire (APN), 900 hectares de colzaseraient sinistrés.

La cause? Des semences déficientes, importées par une entreprise privée. Entre les différentes parties prenantes la controverse fait rage.

| Lire aussi : Les champs de colza se multiplient en Algérie

Des semences déficientes ou « mafchoucha »

Depuis une dizaine de jours, l’affaire fait grand bruit dans les milieux agricoles en Algérie. Elle a été révélée par un reportage de Ennahar TV dans la wilaya de Guelma.

Dans leurs champs de colza, on pouvait voir plusieurs agriculteurs se plaindre d’une végétation clairsemée et rabougrie. Les quelques plants de colza ne dépassaient pas la hauteur du genou et ils étaient entourés de mauvaises herbes.

Des parcelles qui ne pourront pas être récoltées et ne rapporteront rien aux agriculteurs. La pluviométrie de la campagne en cours permet pourtant d’envisager des rendements de 25 à 30 quintaux par hectare.

| Lire aussi :Agriculture : l’Algérie face à des choix stratégiques

Au prix de vente de 9 000 DA le quintal, le manque à gagner est considérable. Les agriculteurs indiquent avoir investi en semences, engrais et désherbants ce qui se traduit pour eux par une perte sèche. Ils accusent la qualité de la semence. Des semences déficientes ou “mafchoucha”. Un terme qui en agriculture sous-entend tromperie du vendeur quant à la qualité de la marchandise.

Selon Hicham Safar, 52 agriculteurs et 7 fermes pilotes seraient concernés par les semences de marque Lidea “une variété française déficiente et qui ne convient pas à notre climat”. Les superficies concernées atteignent 900 hectares.

Les semences incriminées sont produites par la société française Lidea et concernent la variété “ES Hydromel”. Elles ont été importées par la société Sarl Green Naciral. Selon son directeur technique, elles ont fait l’objet des contrôles et des autorisations nécessaires de la part des services agricoles algériens.

Une controverse qui fait rage

La controverse fait rage. Certains incriminant les semences importées et la volonté d’intérêts étrangers de vouloir porter un coup au programme national de relance des cultures stratégiques, d’autres relevant le manque d’expérience des agriculteurs concernant la variété utilisée : une variété particulièrement tardive.

Pour les agriculteurs concernés, en plus de la perte occasionnée, il y a le risque de ne pas pouvoir rembourser le crédit Rfig accordé par la banque. Cette défaillance sur les parcelles de colza pouvant entraîner leur radiation définitive pour insolvabilité bancaire.

Après un premier reportage, Ennahar TV a tenu à donner la parole à Mohamed Lamine Sebti, directeur technique de Green Naciral et à un expert en oléagineux Mohamed Haroun docteur vétérinaire et agriculteur dans la wilaya de Constantine. De son côté, sur les réseaux sociaux, Green Naciral a multiplié les entretiens avec des agriculteurs ayant utilisé les semences Lidea et ayant parfaitement réussi la culture.

Semences Lidea, une bonne réussite

Green Naciral indique que ce sont les services agricoles qui leur ont demandé de participer à l’approvisionnement du marché national en semences. Green naciral s’est donc orienté vers une variété hybride ayant donné de bons résultats en Espagne.

La variété en question a également donné une belle végétation dans plusieurs wilayas. Des témoignages d’agriculteurs de Annaba et de Constantine viennent le confirmer. Pour sa part, casquette de marin vissée sur la tête, l’agriculteur Boughrarou Azzedine (Skikda) indique avoir suivi l’itinéraire technique conseillé. Ce qui semble lui réussir. Debout dans sa parcelle, les plants de colza Lidea lui arrivent à l’épaule.

Un autre témoignage d’agriculteur est édifiant. C’est celui de Mohamed Bourdjiba. Désignant deux de ses parcelles de colza au stade de formation des siliques (gousses).

Il précise que les semences de l’une proviennent de la société Lidea tandis que les autres proviennent de la société Basf (variété Invigor). Si la première est légèrement en retard, elle n’en présente pas moins un fort bel aspect.

Pour l’agriculteur, la variété Lidea est très tardive et ne supporte aucun retard de semis, ce qui n’est pas le cas de la variété Invigor. Cet agriculteur insiste même sur la belle longueur des gousses de la variété Lidea nettement supérieure à celle d’Invigor. “Attendons le rendement final après récolte” , conclut-il.

Colza, des doses de semis de 3,2 kg à l’hectare

Ainsi, pour les observateurs avertis, l’origine de la non-réussite de certaines parcelles à Guelma proviendrait de semis tardifs et d’une conduite inadaptée : semis trop profond, mode de roulage après semis, apports insuffisants d’engrais, non maîtrise du désherbage mais aussi éventuels accidents climatiques tel le gel qui ayant pu survenir lors de la levée.

Pour sa part, Mohamed Lamine Sebti assure : “Depuis le début de la saison colza, je ne connais plus mon bureau. Je suis toujours sur le terrain. Il a fallu montrer aux agriculteurs comment régler leurs semoirs pour ne semer que 3,2 kg de semences, eux qui sont habitués à semer 100 à 150 kg de grain de blé par hectare”.

Il ajoute : “les semences de colza sont aussi petites que des semences de navet, elles ne doivent pas être semées au-delà de 2 cm de profondeur. Sinon, la plante s’épuise à vouloir sortir et elle est plus sensible au froid.”

Quelque peu amer, il fait remarquer qu’à Guelma “certaines parcelles ont été semées au mois de janvier”. Enfin, à la fin du débat organisé par Ennahar TV, il confie : “La relance du colza, c’est un bon programme, ce serait dommage de lui porter tort par notre méconnaissance de cette culture.”

A la commission d’experts de se prononcer

Il est trop tôt pour tirer des conclusions sur cette affaire. C’est à la commission d’experts dépêchée sur place par le ministère de l’Agriculture de se prononcer.

“On espère que les experts désignés auront les compétences requises, le colza est une culture nouvelle”, s’inquiète le directeur de Green Naciral. “Cette culture est autant nouvelle pour eux que pour nous”, ajoute-t-il.

Il est à espérer que la sérénité l’emporte et que cet épisode ne porte pas ombrage à l’ambitieuse relance de la culture des oléagineux. Une culture stratégique pour le pays. Stratégique pour réduire les importations d’oléagineux mais également pour éviter la monoculture du blé source de baisse de rendement.

Les plus lus