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ENTRETIEN. Djaffar Gacem nous dit tout sur son 1er long métrage

ENTRETIEN. Djaffar Gacem nous dit tout sur son 1er long métrage

Djaffar Gacem, réalisateur

Héliopolis, le premier long métrage de Djaffar Gacem, poursuit sa tournée à travers l’Algérie profonde. D’autres régions attendent la visite du réalisateur et de ses acteurs dans les jours à venir. Entre deux tournées, Djaffar Gacem nous a accordés cet entretien.

Votre premier long métrage Héliopolis a été projeté dans plusieurs villes d’Algérie.

Avec mon équipe, nous avons sillonné plusieurs villes du pays pour présenter Héliopolis : Laghouat, Constantine, Oran. Nous nous rendrons dans les jours qui viennent à Tizi-Ouzou et à Bejaia. Puis la caravane d’Héliopolis fera une projection symbolique, à Guelma et Kherrata, théâtre des massacres du 8 mai 45.

Le public était-il au rendez-vous ?

Oui, il s’est déplacé en masse. À Laghouat par exemple, ce fut carrément un raz-de-marée. Les gens se sont déplacé des villes voisines comme Djelfa.

Ils étaient nombreux à converger vers notre hôtel pour échanger avec les acteurs et prendre des photos avec nous. La projection du film a attiré un monde fou dans toutes les villes. Cela prouve que le public est prêt à investir les salles de cinéma, pour peu qu’on ait un film à lui présenter.

Certaines critiques vous accusent d’avoir glorifié les harkis dans votre film. Qu’est-ce que vous leur répondez ?

Certes tout film est sujet aux critiques. Mais après, il y a des critiques qui sont fondées et d’autres qui ne le sont pas. Dans Héliopolis, je ne mets pas en valeur les harkis.

Les harkis à l’époque, c’était des caïds et des fils de caïds. Mon film est humain. Il parle des hommes et des femmes qui, en fonction de l’évolution de la situation, changent d’avis et de vision.

Tout cela, sous le prisme des événements vécus à cette époque (les années 1940). Mokdad, fils de caïd est loin d’être un harki. C’est un riche propriétaire terrien qui avait déjà pris ses distances par rapport à son père.

Il a été séduit par la politique de Ferhat Abbes,  qui prônait les mêmes droits pour les colons, les juifs et les musulmans. Mokdad était naïf. On le saura, à la fin, lorsqu’il perdra son fils.

C’est un film psychologique et humain. J’ai construit mon film en me basant sur un conflit familial –celui d’un père et de son fils-dans un grand conflit du colonialisme de l’empire français en Algérie.

Si certains considèrent le personnage de Mokdad comme un harki, cela reviendrait à dire que Ferhat Abbes l’était, ou même Krim Belkacem, lui-même fils de caïd. Ce qui est absolument faux.

Est-ce facile de réaliser un film sur l’histoire de l’Algérie ? 

La tâche est ardue, car il n’y a pas beaucoup d’historiens algériens qui ont écrit sur cette période. La plupart des documents qui existent sont de source française ou autre.

Avant de débuter le tournage, il a fallu que je fasse de vastes recherches. Mon film, même si c’est une fiction, est basé sur des faits réels. J’ai rencontré les membres de l’Association du 8 Mai 1945, et me suis rendu à Guelma et Kherrata où j’ai recueillis de nombreux témoignages.

Outre le problème de documentation, il y a une autre difficulté : celle du reconstituer l’époque en terme d’image et d’effets spéciaux. Costumes et munitions sont rares à trouver. J’ai fait mon film avec des moyens rudimentaires : 10 fusils, 2 camions militaires des années 70 et 4 Jeep.

Le film a mis beaucoup de temps avant de voir le jour. Pourquoi ?

Oui, le scénario d’Héliopolis a été validé, il y a déjà 9 ans : en 2012. N’ayant pas pu avoir les financements à la hauteur de ce projet, j’ai préféré patienter.

En 2015, j’ai enfin obtenu une rallonge de budget. Puis a commencé le travail de repérage. J’ai sillonné plusieurs villes et régions d’Algérie : l’Oranie, Guelma, Sétif, Constantine avant de jeter mon dévolu sur El Malah (Ex -Rio Salado) dans la wilaya de Ain Temouchent.

L’architecture coloniale fortement présente convenait parfaitement à Héliopolis, dont l’histoire se déroule dans les années 40.

Pour votre premier long métrage, pourquoi avoir choisi un film d’histoire ? 

Je suis un challenger qui aime relever les défis. J’avais envie, pour ce premier passage de la télévision au cinéma en tant que réalisateur, de faire un film de grande envergure.

Un long métrage qui susciterait des questionnements et des débats. Les massacres du 8 mai 45, sont l’une des raisons qui ont conduit à la Guerre d’Algérie.

Il était également important  de montrer aux jeunes algériens comment l’histoire s’est réellement déroulée. En y mettant des ingrédients esthétiques : comme la course de chevaux ou encore l’idylle entre Bachir et Nedjma, je rendais cette fiction plus attrayante.

Le cinéma algérien vit une grande crise. À votre avis pourquoi ?

Oui, il y a très peu de productions cinématographiques algériennes. Le cinéma algérien agonise. De l’écriture du scénario, à la distribution, en passant par la production et la post-production, il y a des manques pour chaque étape.

Il faut une réelle volonté politique pour sauver le cinéma du marasme où il se trouve. En tout cas, s’il subsistait encore un doute sur l’engouement du public dans les salles de cinéma pour peu qu’on lui présente un film, nous avons un début de réponse : regardez le nombre de tickets vendus pour la projection d’Héliopolis !

Héliopolis sera-t-il distribué à l’étranger ?

Un distributeur américain m’a déjà sollicité en vue de distribuer le film dans des salles au Canada et aux États-Unis. Par ailleurs, je suis en négociation avec un distributeur égyptien.

L’autre bonne nouvelle c’est qu’Héliopolis va présenter sa candidature à nouveau pour les Oscars 2022, maintenant qu’il remplit tous les critères.

Comment s’est passé le tournage du film ?

Dans une bonne ambiance. Pendant un mois et demi (entre  avril et mai 2018), nous avons séjourné à El Malah. Les habitants étaient très contents. La ville vibrait au rythme du tournage.

Des emplois ont été créés, insufflant une dynamique à cette ville. Les restaurants et cafés étaient ouverts. En plus, nous avons fait participer des figurants de cette ville dans le film. Je tiens à saluer leur performance. Ils ont vraiment été à la hauteur. Ce fut une merveilleuse aventure humaine.

Les acteurs ont-ils reçu les mêmes cachets ?

Non, pas de place pour le social dans le 7e art. Les cachets sont fixés selon deux critères : la notoriété de l’acteur et la fréquence de scènes jouées.

Et les figurants, comment sont-ils rémunérés ?

En Algérie, il n’y a pas de barème fixe. Les cachets sont aléatoires et négociés en fonction des budgets. Cela oscille entre 1000 et 8000 DA par jour.

Le public reverra-t-il Djafar Gacem dans un autre long métrage ?

Oh oui ! Je ne compte pas m’arrêter en si bon chemin. Toutefois je ne veux pas être catalogué de cinéaste de films d’histoire. Pour mon prochain film, j’ai envie de réaliser une belle comédie dramatique actuelle sur la société algérienne d’aujourd’hui. Mais chut ! ne le dites à personne (rires).

Un dernier mot ?

Héliopolis est ma première expérience cinématographique. J’espère que cette fiction sera vue par le plus grand nombre de spectateurs et qu’elle suscitera questionnements et débats. J’espère que mon film intéressera aussi les jeunes et que les cinémas d’Algérie renaîtront de leurs cendres.

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