Société

ENTRETIEN. Manque d’oxygène, confinement : le Dr Merabet lance l’alerte

L’évolution rapide de la pandémie du covid-19 en Algérie a engendré une demande « exponentielle » sur l’oxygène qui connaît un manque dans certaines structures hospitalières, alerte le Dr Lyes Merabet, président du SNPSP. Alors que la tension sur les hôpitaux s’accentue, il appelle à des mesures urgentes pour faire face à cette situation.

L’Algérie fait face à une troisième vague du covid-19. Une vidéo diffusée sur les réseaux montre une ambulance transportant des bouteilles d’oxygène arrivant en catastrophe à l’hôpital Faubour de Blida. Pouvez-vous nous faire le point sur la consommation d’oxygène dans les hôpitaux ?

Il y a une tension sur l’oxygène. Plus il y a de malades, plus la consommation en produits médicamenteux accroît, entre autres l’oxygène qui est consommé en ce moment à très haut débit.

Pour certains malades, on a besoin d’au moins 30 litres par minute dans certains cas, selon la gravité de la situation. Il faut savoir qu’en moyenne, on est sur des débits entre 10 et 15 litres par malade.

La consommation d’oxygène s’est accélérée de manière exponentielle. Les malades arrivent dans les hôpitaux d’heure en heure, sans arrêt. Malgré le fait que l’oxygène soit un produit disponible mais son utilisation obéit à certaines commodités et à un dispositif qui doit être mis en place.

Il y a aussi les capacités de stockage. C’est tout cela qui fait que lorsque le flux des malades n’est pas jugulé, on peut se retrouver dans cette situation. Tout cela dénote la pression terrible que subissent les structures de santé, notamment dans les wilayas endémiques comme Blida, Alger, Constantine, Oran, Mascara, Laghouat, Biskra et Batna qui connaissent une recrudescence des contaminations au covid-19. La wilaya de Blida fait partie de ces grandes villes qui sont touchées de plein fouet par la flambée de la pandémie.

Comment juguler cette tension ? 

En tant que médecin, je constate au niveau des structures de santé une tension sur l’oxygène et je demande aux responsables de nous régler le problème. S’il n’y a pas de problème de production, et si c’est un problème de transport et de stockage alors il faut veiller à ce que cette situation soit réglée une bonne fois pour toutes. Des cellules de crises sont installées dans les wilayas, elles ont pour mission justement de penser et anticiper sur ce type de situations.

La tension sur l’oxygène démontre la progression inquiétante de la pandémie en Algérie. Quelles sont les mesures urgentes à prendre pour stopper cette progression ?

Les citoyens doivent comprendre qu’il est urgent de revenir aux mesures barrières. Je lance un appel aux autorités du pays, le président de la République et le Premier ministre, afin de mettre en place en urgence un confinement dans les wilayas endémiques car c’est le seul moyen pour espérer casser le rythme d’évolution de la pandémie.

Pourquoi ne pas s’y mettre dès la fête de l’Aïd Al Adha, c’est une occasion pour limiter les déplacements des personnes. Il faudrait ramener le confinement au minimum à partir de 18h-19h jusqu’au lendemain 6h-7h, avec bien entendu le respect des mesures barrières. Il faudrait sévir, être sur le terrain, contrôler et sensibiliser. La réglementation doit être appliquée dans toute sa rigueur, en sanctionnant les réfractaires.

A côté, il y a lieu aussi d’accélérer la vaccination anti-covid…

En effet, le plus urgent aujourd’hui c’est de mettre en place le confinement et veiller à ce qu’il soit rigoureusement appliqué, avec le respect des mesures barrières.

Il est absolument urgent de casser le rythme d’évolution de la pandémie pour espérer diminuer la pression sur les hôpitaux à un niveau acceptable, ce qui nous permettra de mieux gérer et mieux prendre en charge nos malades.

Je rappelle qu’il n’y a pas que les malades covid ; pas plus tard que ce matin nous avons reçu des demandes d’hospitalisation en urgence pour des malades hors-covid qui ne trouvent pas de place après que des services se soient convertis en centres covid.

Un message à faire passer ?

J’espère que le flux de malades covid-19 va ralentir pour permettre de meilleures conditions de travail, moins de stress pour les malades et leurs familles, mais aussi moins de stress pour les professionnels de la santé.

Car dites-vous bien qu’un médecin ou un infirmier qui se retrouvent devant un malade en manque aigu d’oxygène, ils sont désemparés car il n’y a pas d’autres solutions. Cela donne une idée sur l’état d’esprit des professionnels de la santé en sus de la menace de tomber malade. Chaque jour, il y a des avis de décès concernant les professionnels de la santé.  Je passe sur ceux qui sont hospitalisés. Ils se comptent par dizaines chaque jour.

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