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Inondations : Pourquoi l’Algérie doit changer de modèle agricole

Inondations : Pourquoi l’Algérie doit changer de modèle agricole

Durant l’année écoulée, se sont succédés des épisodes de sécheresse puis d’inondation affectant le secteur agricole en Algérie. Des inondations liées à des pluies intenses durant un laps de temps très court, mais également à un ruissellement important. Aussi, se pose la question des moyens permettant de réduire leur impact au profit d’une meilleure infiltration des eaux dans le sol.

Les pluies de fin février ont provoqué des inondations qui ont affecté des agriculteurs dans sept wilayas. Après le Conseil des ministres du 10 mars et selon le communiqué officiel, « le président de la République a ordonné le versement d’une indemnité de 50.000 DA durant le mois de Ramadan » aux agriculteurs touchés, et ce, dans un « délai maximal d’une semaine. »

Il a également été décidé de « l’indemnisation des agriculteurs pour les pertes occasionnées par les récentes inondations par le biais de la Caisse nationale de mutualité agricole (CNMA) ».

Niveau des nappes après les pluies

Ces dernières pluies ont permis le remplissage des barrages, plus particulièrement au Centre et à l’Est du pays. L’Agence nationale des barrages et transferts (ANBT) a indiqué que plusieurs barrages se situaient au maximum de leur capacité de stockage.

Est-ce pour autant que les nappes d’eau souterraines sont revenues à la normale ? Ces derniers mois, de nombreux agriculteurs ont évoqué une baisse du niveau d’eau de leur forage, voire de leur assèchement.

Traditionnellement, les hydrologues sont circonspects. Pour eux, la recharge naturelle des nappes est lente bien que variable selon les régions. Pourquoi alors les dernières pluies remplissent peu les nappes du pays ?

Pluies et « pluies efficaces »

Les hydrologues parlent « de pluies efficaces » lorsqu’elles permettent une recharge des nappes. Une partie de l’eau peut retourner dans l’atmosphère si les températures après les pluies sont élevées. C’est le cas avec l’évaporation et la transpiration des plantes. Or, ces derniers jours, les températures se sont considérablement radoucies en Algérie.

Vient ensuite un autre facteur qui intervient sur l’infiltration des eaux de pluies : la nature géologique des nappes.

La porosité de la roche est fondamentale. Les pétroliers de la Sonatrach le savent bien. On ne trouve du pétrole que dans des roches poreuses à l’aspect d’éponge. Le phénomène est identique pour l’eau, plus il y a de pores, plus l’eau peut y s’accumuler. Et plus ces pores sont reliés entre eux, plus l’eau peut circuler.

Ainsi, les hydrogéologues parlent de nappes réactives lorsqu’elles concernent des alluvions, des calcaires jurassiques et crétacés ou des grès.

À l’inverse, les nappes qualifiées d’inertielles constituées de craie ou de formations volcaniques présentent une circulation très lente de l’eau. Il peut s’écouler trois mois entre une pluie et l’évolution de la nappe.

Plus d’infiltration de l’eau dans le sol

Les crues d’oueds lors des dernières précipitations et les inondations qui ont suivi ont montré que lorsque les pluies sont importantes et que le sol est sec, l’eau ne s’infiltre pas. Les sols sont simplement humidifiés en surface, ce qui bénéficie à la végétation, mais pas aux nappes.

En Algérie, après les mois de saison sèche, les sols ne sont plus protégés par la végétation, ce qui favorise le ruissellement aux dépens de l’infiltration. Le pâturage non contrôlé des animaux d’élevage ne contribue pas au maintien d’un minimum de végétation.

Par ailleurs, en ville, le ruissellement est accentué par l’artificialisation des sols, ce qui accentue la force destructrice des orages et aux inondations comme en 2001 à Bab El Oued (Alger) ou 2008 à Ghardaïa.

En matière de lutte contre le ruissellement, les populations rurales et les agriculteurs peuvent jouer un rôle primordial en tant qu’utilisateurs et gestionnaires de larges portions du territoire national : terres céréalières, zones steppiques et de moyenne montagne.

Or, les terres agricoles sont soumises à des phénomènes d’érosion accélérée. À travers des pratiques vertueuses, les agriculteurs peuvent contribuer à réduire le ruissellement à travers le type de travail du sol utilisé, le maintien du couvert végétal, la plantation de haies, l’édification de remblais de terre, voire de puits filtrants comme en Inde.

Dans le but de faire connaître les techniques d’infiltration des pluies, l’association Torba vulgarise chez des agriculteurs « l’aménagement des parcelles en lignes de courbe pour stabiliser les eaux d’écoulement ». Ce type d’aménagement ou « swales » consistent en des tranchées de faible profondeur qui retiennent les eaux de pluie.

Des techniques notamment utilisées au Portugal et qui permettent d’irriguer naturellement les oliviers plantés le long de ces swales. Il reste à identifier en Algérie le type de pratiques déjà existant, à l’image de ces agriculteurs qui perpétuent la tradition de construction de petites mares destinées à retenir une partie des eaux de pluie.

Dans le cas du Portugal, un agriculteur témoignait récemment sur les réseaux sociaux sur le cas d’une fosse creusée à même le sol permettant de recueillir jusqu’à 60.000 litres d’eau de pluie : « Cet hiver, à trois reprises la fosse s’est remplie puis vidée permettant un réapprovisionnement des nappes » témoignait-il.

Selon les experts du Giec, le dérèglement climatique devrait s’accompagner de périodes de sécheresse et d’épisodes de pluie parfois violents, et l’Algérie fait partie des pays les plus exposés aux changements climatiques.

Jusqu’à présent, en matière d’irrigation, les agriculteurs algériens ont bénéficié des réalisations à l’initiative des pouvoirs publics : grands barrages, barrages collinaires, forages, épuration des eaux usées.

Nul doute, qu’à l’avenir, le dérèglement climatique en cours nécessitera un changement de paradigme de l’agriculture en Algérie.

Dans la mesure où les agriculteurs gèrent d’immenses espaces, leur implication dans la lutte contre le ruissellement s’avérera indispensable comme moyen de réduction des effets des inondations, mais également pour favoriser la recharge des nappes.

Ces pratiques ne peuvent être développées que par une formation et l’encouragement à travers d’aides pour services écologiques rendus.

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