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L’Algérie autorise l’importation d’un autre produit d’Espagne

L’Algérie autorise l’importation d’un autre produit d’Espagne

L’Algérie continue de rouvrir progressivement son marché aux produits espagnols. Le 14 janvier dernier, le dégel des relations commerciales entre les deux pays a été acté avec l’autorisation d’importer des poussins et des intrants agricoles d’Espagne. Ce dégel est survenu après un blocage qui a duré plus de dix-huit mois.

Ce lundi 5 février, l’Algérie a rouvert son marché à un autre produit espagnol. Une note de l’Association professionnelle des banques et des établissements financiers (Abef) publiée sur les réseaux sociaux a autorisé les opérateurs algériens d’importer de la viande fraîche en provenance d’Espagne.

À un peu plus d’un mois du début du Ramadan, la filière viande espagnole qui peut constituer un modèle intéressant pour la jeune filière algérienne, offre une solution supplémentaire pour approvisionner le pays en ce produit dont la consommation augmente considérablement durant le mois sacré.

Espagne, gros exportateur de viande

Ces dix dernières années, les exportations espagnoles ont augmenté de 84% atteignant jusqu’à 184. 000 tonnes de viande bovine réfrigérée en 2022.

Des exportations qui alimentent l’Union européenne avec en particulier le Portugal, l’Italie et la France mais aussi les pays tiers dont l’Algérie.

Les importations algériennes de viande espagnole sont anciennes et multiples : viande réfrigérée ou animaux sur pied prêts à l’abattage. « L’Espagne supplantant la France avec des petites carcasses conformes à prix attractifs vers l’Algérie », note un professionnel français.

Pour ce pays, l’exportation de viande représente un chiffre d’affaires de 1,3 milliard de dollars, selon l’USDA.

Cette capacité d’exportation s’appuie sur deux leviers. Ces dix dernières années, il y a eu une forte croissance du cheptel de vaches laitières ce qui a permis le développement de jeunes veaux allaitants dans les zones d’élevage extensif en Espagne.

Il s’agit en particulier de l’Estrémadure au sud-ouest du pays, une région de 3,5 millions d’hectares de pâturages arborés, la Dehesa.

À cela s’ajoute le fort développement par des coopératives de l’engraissement de jeunes veaux importés depuis la France. Jusqu’à 530.000 pour la seule année 2022. À lui seul, dans la région de l’Aragon, l’engraisseur Enrique Catalan en importe chaque année 2.600 dans sa ferme.

Il en résulte une forte compétitivité. Il faut compter également sur l’organisation de la filière viande qui fait une large place à l’intégration notamment avec les veaux laitiers, des animaux très tôt enlevés à leur mère.

En Espagne, les éleveurs de veaux sont en contrat avec des opérateurs spécialisés. Ces intégrateurs qui leur fournissent les jeunes veaux et une partie de l’aliment leur achètent les animaux une fois engraissés. Certains intégrateurs investissent également dans des abattoirs afin de maîtriser l’ensemble de la filière. Un modèle qui permet des économies d’échelle.

À cela s’ajoutent des élevages avec de faibles charges de structure, les bâtiments sont souvent rudimentaires et âgés. Comme en Algérie, les éleveurs pratiquent un engraissement rapide à l’aide de rations riches en foin et en énergie grâce à des apports élevés de grains.

Ce qui permet un âge d’abattage à moins de 12 mois. Ces éleveurs achètent des veaux laitiers de 3,5 mois sevrés par des élevages spécialisés. Ce qui permet aux éleveurs engraisseurs de se consacrer à une seule activité : l’engraissement.

Dans un récent rapport, l’Institut français de l’élevage (Idele) souligne qu’on arrive ainsi à une « division et standardisation du travail à toutes les étapes de la filière, contractualisation et intégration verticale de l’engraissement par les coopératives, allant jusqu’aux industries des viandes, dans une logique coordonnée de production à flux tirés. »

Malgré ce dynamisme des éleveurs, des contraintes devraient peser à l’avenir sur la filière espagnole de la viande.

La première concerne l’eau. L’Espagne connaît des sécheresses récurrentes ces dernières années. Pour la première fois en dix ans, le cheptel bovin a connu un recul.

Au mois de mai 2023, des milliers de bovins ont été envoyés à l’abattoir faute de fourrage. Comme dans les pays du Maghreb, le manque de fourrage et la hausse du prix de l’aliment ont obligé les éleveurs à décapitaliser.

Un autre signe ne trompe pas : 10.000 animaux bovins français de plus de 300 kg ont été importés par l’Espagne alors que ceux de moins de 300 kg ont diminué.

Ce soudain engouement pour ce type d’animal est lié à la sécheresse, les veaux de plus de 300 kg nécessitent une durée d’engraissement plus courte et ont donc moins besoin de fourrage et d’aliment concentré.

Les éleveurs espagnols ont « absorbé une partie des broutards lourds correspondant habituellement au marché algérien », précise l’Idele dans une note de conjoncture.

Il faut également compter sur l’aspect environnemental. Malgré les derniers mouvements de colère des agriculteurs français, la Commission européenne juge que l’Espagne est en retard dans la lutte contre la pollution aux nitrates. Le défi de réduction des gaz à effet de serre devraient également réduire à l’avenir le niveau de la production locale.

L’Idele épingle la filière espagnole quant aux antibiotiques du fait de leur trop forte utilisation.

Enfin, les pâturages espagnols souffrent des sécheresses ce qui accentue la dépendance aux importations de céréales et de matières azotées tout en renchérissant le coût de l’aliment.

Viandes rouges, perspectives algériennes

Ces dernières années, les subventions publiques à l’ensilage de maïs ont fortement contribué au développement de la filière bovine en Algérie.

Quant aux importations de jeunes veaux à l’engraissement, les taxes mais surtout le coût de la location de lazarets pour la période de mise en quarantaine et le transport vers les exploitations constituent des charges exagérées qui réduisent l’attrait de l’engraissement.

Reste à envisager l’intégration telle qu’elle est organisée en Espagne. Elle est actuellement testée sur ovins par la société Alviar dans le cadre d’accords triangulaires avec les éleveurs et l’Onab. En Espagne, les intégrateurs vont jusqu’à importer des veaux de 8 jours des pays de l’Est.

L’efficacité de la filière espagnole mérite d’être étudiée de près en Algérie. Ce pays voisin conjugue en effet des techniques modernes d’élevage tout en rencontrant les mêmes difficultés climatiques de l’Algérie.

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