Économie

Montage automobile : un gouvernement, deux visions

L’Algérie a-t-elle une stratégie dans l’industrie automobile ? Quatre ans après le lancement de la première voiture assemblée localement par Renault, le flou persiste toujours. Si l’objectif principal est de produire une voiture en Algérie pour réduire les importations et développer une industrie automobile, la mise en œuvre de cette stratégie a donné lieu à des démarches différentes et parfois contradictoires de la part des ministres en charge du dossier.

Dernier épisode en date: lundi à l’APN, le ministre des Finances Abderrahmane Raouya a lancé un pavé dans la marre en déclarant à la presse «qu’il y aura plus de rigueur et de contrôle dans l’activité de montage des véhicules à la faveur de la révision du cahier des charges».

Le ministre a annoncé donc la révision du texte qui fixe les conditions et modalités d’exercice de l’activité de production et de montage de véhicules à peine six mois après sa publication au Journal officiel.

Au même moment, son collègue de l’Industrie et des mines Youcef Yousfi adressait, à partir de Sétif ou il effectuait une visite de travail, des signaux positifs aux constructeurs en soulignant que ces derniers « sont en train de respecter les cahiers des charges ». Même si dans sa lancée il les a appelés à plus de transparence en matière des prix.

Le montage automobile divise-t-il le gouvernement ? Interrogée par TSA une source au ministère de l’industrie dément : « Il existe une parfaite cohésion autour de ce dossier entre les membres du gouvernement ». « Toutes les mesures sont prises en coordination », assure notre source. Mais les faits disent le contraire

Le veto d’Ouyahia

Le ministre des Finances a empiété volontairement ou involontairement sur les prérogatives de son collègue de l’Industrie en annonçant la probable révision du cahier des charges.

Une option qui n’a jamais été officiellement évoquée jusque-là. Bien au contraire, Yousfi renvoyait à chacune de ses sorties les constructeurs aux engagements pris dans le cahier des charges en vigueur. Qui veut réellement changer le cahier des charges et pour quelles raisons ? Pourquoi le ministre des Finances se mêle-t-il de ce dossier ? Autant de questions qui illustrent des frictions au sein de l’Exécutif autour du dossier de montage automobile.

Pour rappel, quelques jours à peine après l’entrée en vigueur du nouveau cahier des charges pour l’automobile, le Premier ministre Ahmed Ouyahia avait surpris tout son monde en publiant une circulaire fixant la liste des opérateurs autorisés à activer dans l’assemblage automobile en Algérie. Une décision qui a été interprétée comme un gel déguisé du cahier des charges de Yousfi. Deux semaines après, Ouyahia a reculé en décidant d’annuler sa décision.

Entre-temps, le secteur a connu bien de chamboulements. Le gouvernement a élargi en février la liste des opérateurs autorisés à construire des usines de montage automobile en Algérie, mais officiellement Yousfi a toujours nié l’existence de cette liste.

À la question de savoir qui est autorisé à construire une usine en Algérie, Yousfi a répondu à maintes reprises : « La liste est ouverte ».

Le 14 mars, le ministère de l’Industrie a décidé, dans une démarche inédite, de publier les prix sortie d’usine des véhicules assemblés en Algérie. Dans le même temps, des enquêtes ont été lancées sur les coûts de production et les marges des concessionnaires. Les résultats de l’enquête n’ont pas été publiés. Le gouvernement a toutefois réussi à régler un problème de communication relatif à la hausse impopulaire des prix des véhicules neufs.

TVA entre le « non » de Yousfi et le « oui » de Raouya

Le ministre des Finances, qui semble s’intéresser de près au secteur de l’automobile, entre en scène. Dans le projet de loi de Finances complémentaire 2018, le premier argentier du pays introduit une disposition prévoyant l’instauration, dans un premier temps, de la TVA au taux réduit (9%) sur les collections SKD/CKD destinées à l’industrie automobile.

Dans la deuxième mouture du PLFC2018, Raouya va plus loin en proposant de mettre fin à l’exonération de TVA (19%) dont bénéficient les véhicules assemblés en Algérie. Un avantage accordé par le CNI.

Ce n’est pas Yousfi qui s’est déplacé à la commission des finances pour défendre cette disposition. La mission a été confiée à Raouya et au ministre du Commerce en l’absence d’une quelconque réaction du ministère de l’Industrie.

Le Premier ministre Ahmed Ouyahia s’est rangé du côté des partisans de l’instauration de la taxe. C’est ce qui ressort de sa dernière conférence de presse, où il a dit respecter la position de l’APN, tout en rappelant par ailleurs “le régime d’investissement très attractif”.

Sur ce point aussi, Yousfi a fini par avoir le dernier mot : les députés du RND et du FLN ont été instruits en effet de supprimer l’article 6 du PLFC 2018, mettant le Premier ministre dans la gène.

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