Politique

Tebboune est-il réellement satisfait de l’action du gouvernement Djerad ?

Au lendemain de la proclamation des résultats définitifs des législatives du 12 juin par le Conseil constitutionnel, le Premier ministre Abdelaziz Djerad a remis ce jeudi 24 juin sa démission et celle de son gouvernement au président de la République Abdelmadjid Tebboune.

La démission intervient conformément aux dispositions de la Constitution qui dispose dans son article 113 que « le Premier ministre ou le Chef du Gouvernement, selon le cas, peut présenter au président de la République la démission du Gouvernement ».

Le chef de l’État a accepté la démission de M. Djerad et l’a chargé de continuer à gérer les affaires courantes jusqu’à la nomination d’une nouvelle équipe gouvernementale.

[Présidence de le République]

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Abdelaziz Djerad a été nommé Premier ministre le 28 décembre 2019, 9 jours après la prestation de serment de Abdelmadjid Tebboune, élu président de la République le 12 décembre.

Le 4 janvier 2020, la composante du nouveau gouvernement est dévoilée. S’il reste en place jusqu’au 28 juin, ce qui est fort probable, Djerad aura bouclé 18 mois à la tête de l’Exécutif.

Une année et demie qui n’aura pas été de tout repos pour lui et son équipe et pour tout le pays.

Dans l’échange qu’il a eu avec lui en recevant sa démission, M. Tebboune a rappelé que le Premier ministre et son gouvernement ont géré le pays pendant une période difficile.

« La démission est acceptée mais je vous charge de continuer à gérer les affaires courantes jusqu’à la nomination d’un nouveau gouvernement. Je vous remercie pour vos efforts en dirigeant le gouvernement dans des conditions difficiles. Je sais que le gouvernement a fait face à des conditions difficiles, notamment la pandémie » de covid-19, a dit Tebboune à Djerad.

La pandémie de covid-19, qui a commencé fin février 2020 en Algérie, soit moins de deux mois après l’entrée en fonction du gouvernement, a accaparé une bonne partie des efforts de l’État, nécessité des dépenses imprévues, contraint à l’arrêt des pans entiers de l’activité économique et ramené les prix du pétrole à des niveaux bas jamais vus sur le marché mondial.

En plus de la crise politique, on ne peut pas dire que le gouvernement Djerad a eu la tâche facile. Mais il n’a pas été épargné par les critiques tout au long de ces derniers 18 mois, notamment pour son inaction sur certains dossiers vitaux, comme celui de l’investissement, et son incapacité à trouver des solutions rapides aux nombreuses crises et tensions qui ont touché plusieurs produits et de nombreux services publics qui ont connu une nette dégradation.

Le mandat de Abdelaziz Djerad a été marqué notamment par l’aggravation de la crise des liquidités dans les bureaux de poste, les coupures d’eau potable, la mauvaise qualité de la connexion internet, la pénurie de la semoule puis de l’huile de table, la cherté de certains produits comme la sardine, le retard dans la campagne de vaccination, l’absence de réformes économiques, la détérioration du pouvoir d’achat, la poursuite des arrestations et des incarcérations des militants et activistes du Hirak ainsi que des journalistes…

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Irrésolution et maladresses 

Les observateurs n’avaient pas manqué de relever que certaines de ces tensions ont été provoquées par les maladresses de certains ministres, comme celle de l’huile de table, une denrée que le pays produit en quantité mais qui est venue à manquer à cause du refus des grossistes de la distribuer suite à la décision du ministère du Commerce de leur imposer la facturation du jour au lendemain.

Alors que les crises se succédaient et menaçaient la stabilité sociale, beaucoup de ministres se sont réfugié dans le confort des réseaux sociaux, partageant les photos de leurs activités protocolaires, ou présentant des félicitations ou des condoléances.

Pour beaucoup, le gouvernement a péché avant tout par l’inaction et l’irrésolution de nombreux ministres. Par exemple, le dossier de l’automobile (importation du neuf et de l’occasion et montage) est toujours pendant.

Même le président de la République a fini par faire part de son exaspération en lâchant publiquement, en janvier dernier, qu’il n’y avait pas que du bon dans l’action du gouvernement. Outre l’irrésolution et les maladresses, il y a eu aussi des « manquements à la morale » de la part de certains ministres.

En seulement 18 mois, Abdelmadjid Tebboune a dû procéder à deux remaniements du gouvernement, en juin 2020 puis en février 2021.

Lors du dernier remaniement, il avait expliqué que s’il n’avait pas trop chamboulé l’Exécutif, c’est à cause de l’approche des élections législatives desquelles sera issu un nouveau gouvernement. Une manière de signifier que s’il avait gardé l’équipe, cela ne signifiait pas qu’il était satisfait de son action.

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