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Une réponse tardive à Kamel Daoud

CONTRIBUTION. Du principe universel et indivisible de la solidarité dans la lutte pour l’indépendance des peuples : réponse tardive à Kamel Daoud :

“Le Quotidien d’Oran du 12 juillet 2014 a publié une chronique de Kamel Daoud titrée “Ce pourquoi je ne suis pas “solidaire” de la Palestine”.  Je ne sais si c’est le titre original mais c’est en tout cas le titre que lui a donné le site qui a republié la chronique. À l’époque, je n’avais pu lire le texte de Kamel Daoud mais j’en avais entendu parler. Il me semblait que deux “armées” de commentateurs portaient haut deux opinions opposées. La première montrait du doigt à Kamel Daoud le chemin de l’enfer et la seconde se saisissait du principe de la liberté d’expression pour soutenir le chroniqueur. Mais à mes yeux, aucun des commentateurs (à une exception près : M. Yfsah “pourquoi je ne suis pas solidaire de Kamel Daoud”)  n’a abordé en profondeur les questions nombreuses et de principe mises sur le tapis dans le débat provoqué par la chronique de Kamel Daoud.

Pour commencer, une petite précision : Kamel Daoud est en même temps écrivain et chroniqueur. Deux fonctions différentes. Elles doivent être appréciées en tant que telles. Le travail de l’écrivain ne peut pas être repoussé, raillé ou soutenu sous prétexte du contenu de ses chroniques. Généralement, on est en droit d’attendre d’un écrivain qu’il soit cohérent avec lui-même et qu’on retrouve donc dans ses chroniques, l’inspiration de ses œuvres littéraires et inversement. Mais n’a-t-on pas vu dans le passé des écrivains qui distillaient des idées dans leur vie sociale totalement différentes de celles de leurs livres. Quoiqu’il en soit, la critique de ses livres obéira à des règles particulières qui renvoient à la littérature et non à sa prise de position politique. Par définition, “les chroniques politiques ” sont politiques et doivent donc être lues sous ce prisme, même si un écrivain n’est pas un homme politique. C’est dans ce cadre que je veux discuter des idées politiques de Kamel Daoud, zur la seule question palestienne. Je reviendrai très bientôt sur la question de la critique de l’art à partir du principe de “toute licence en art”.

Revenons à la Palestine. D’abord une remarque qui n’est pas sans importance. Ce sont deux amis facebookers qui ont propulsé  la chronique de Kamel Daoud à nouveau sur la toile. Je ne le regrette pas car j’ai pu enfin la lire. Le lien nous renvoie à un site ” Europe-Israël”. Selon ce site, la chronique a été republiée le 29 février 2016 avec “l’aimable autorisation de l’auteur”. Que sont donc ce site et cette organisation ? Voici ce que dit d’elle-même cette organisation :

“Europe-Israël” a été créé pour réunir des citoyens européens de toutes croyances et de toutes origines qui veulent affirmer leur soutien à  Israël. À l’heure où Israël subit les plus fortes pressions internationales, orchestrées par les pays arabes et islamiques, à l’heure où une campagne haineuse sans précédent fait rage de toutes parts, sous prétexte d’antisionisme, alors que le sionisme est une idée généreuse défendant l’existence d’un État sur sa terre pour le peuple juif opprimé pendant 2000 ans”.

Europe-Israël est donc bien une organisation qui se positionne aux côtés d’Israël et qui défend le sionisme et ce, inconditionnellement. Vous remarquerez que “le sionisme” est seulement défini par la revendication “d’un État” pour les juifs du monde alors qu’il s’agit de la création d’un État sur la seule base de la religion c’est-à-dire théocratique, terme  souvent et exclusivement accolé aux pays arabes et islamiques.

Examinons maintenant ses activités de ces dernières années.

En 2010, Europe-Israël  mène campagne pour interdire en France l’exposition ” Gaza 2010″. Pourquoi ? Lisons la description que fait l’hebdomadaire “Le point” de cette exposition.

“Le ventre couturé d’un enfant de 10 ans ; des adolescents aux membres amputés, aveuglés par l’éclat d’un obus, couverts de traces de brûlures ; des encadrures de porte béant sur un morceau de désert. “Gaza 2010″, du photographe allemand Kai Wiedenhfer, secoue. Dans la salle où le musée d’Art moderne de Paris l’expose, tous les visiteurs ont, devant les clichés, le même visage crispe”. Sans commentaire.

Europe-Israël  fait annuler la conférence de Stephane Hessel sur Gaza. Mais qui est Stephane Hessel ? Lisons : “Stephane Hessel arrive en France à  l’âge de 8 ans. Naturalisé français en 1937, normalien, il rejoint les Forces françaises libres, en 1941, à Londres. Résistant, il est arrêté et déporté à Buchenwald, qu’il parvient à quitter vivant grâce à une substitution d’identité avec un prisonnier mort du typhus, puis s’évade lors de son transfert du camp de Dora à celui de Bergen-Belsen”, mais pour le grand public, stéphane hessel est connu pour ses prises de position concernant les droits de l’Homme, la question des “sans-papiers” et le conflit israélo-palestinien, ainsi que pour son manifeste Indignez-vous ! paru en 2010, au succès international incontestable.”

Plus encore, Europe-Israël organise des marches contre “le bateau pour Gaza”, les prises de positions de l’Unesco, la reconnaissance d’un État palestinien à  l’ONU, des sit-in devant les médias pour leurs supposés”  papiers anti-israeliens” devant l’AFP, France 2, Canal +, Hachette etc.

Et pour finir, voici l’hypocrisie chimiquement pure. Figurez-vous que “Europe-Israël” soutient “les  populations civiles palestiniennes de Gaza qui subissent l’endoctrinement des imams islamistes et vivent sous la terreur du Hamas qui les prend en otage et les utilise dans une guerre qui les dépasse”. Ne dirait-on pas, presque mot pour mot, la littérature d’un certain écrivain, depuis un certain temps ?

Comment donc Kamel Daoud a-t-il  pu “donner son aimable autorisation” pour que sa chronique soit publiée sur ce site ? A-t-il  été si naïf pour penser un seul instant que Europe-Israël” n’agissait qu’en vertu de la  “liberté d’expression”, elle qui a voulu et obtenu que Stéphane Hessel ne puisse donner sa conférence sur Gaza ? Stéphane Hessel reconnu, mondialement, comme un militant des droits démocratiques.

De toute évidence, Europe-Israël” a publié la chronique de Kamel Daoud en ce qu’elle entre, en droite ligne, dans les objectifs de son combat. Pour celui qui sait, et des études sur ce point existent, nombreuses et variées, la majorité des lecteurs vont retenir le titre “Ce pourquoi je ne suis pas” solidaire de la Palestine” et pas les développements de la chronique. Passez-nous l’expression, la messe est dite.

Une faille s’est créée dans le front solidaire contre l’oppression. Il ne reste plus qu’à promouvoir cette prose pour l’élargir. Un écrivain algérien a été pris dans le filet du doute. Les termes “écrivain algérien” ont une grande importance pour les nouveaux éditeurs de Kamel Daoud. Peu leur importe la complexité de la chronique. Il faut la simplifier : “Un écrivain algérien de renom dit ouvertement qu’il n’est pas solidaire de la Palestine”. Sous cette forme, le propos va âtre vendu à des millions de femmes et d’hommes dans le monde en tant que butin de guerre, de trophée gagné sur le terrain de la lutte propagandiste.

Gageons que c’est encore insuffisant. S’il ne s’arrête pas à temps, Kamel Daoud devra aller plus loin. D’ailleurs, un commentateur israélien  ne lui a-t-il pas demandé, en toute logique : “Kamel Daoud, choisis ton camp”. Ce commentateur avait dû, lui, lire la chronique.

La question palestinienne est centrale au Proche et Moyen-Orient. Elle concerne des millions d’êtres. Tous les autres problèmes lui sont subordonnés. Et dans ce combat, la plume des intellectuels est aussi importante, dans un sens comme dans l’autre, que toutes les autres formes de luttes contre une injustice insupportable faite à un peuple depuis plusieurs décennies.

La chronique de Kamel Daoud est facile à comprendre. Elle est divisée en deux parties. La première rejette une certaine “solidarité” portée, et c’est vrai, par des sentiments, parfois vils, et la seconde encense la solidarité idéale. Celle de ceux, à son image, qui agiraient en tout temps et en tout lieu à partir de nobles vertus. Sauf que la vraie vie contredit cette sentence. Si cela était, le monde serait différent, la question palestinienne, elle-même, n’aurait plus court, le peuple palestinien se serait autodéterminé et existerait sur la terre de la Palestine historique “une Palestine laïque et démocratique” où vivraient ensemble toutes les communautés.

À travers cette distinction de deux solidarités et d’autres expressions, finalement très confuses, la chronique de Kamel Daoud met à mal des principes universels, en la matière, acquises par un siècle, au moins, de luttes des peuples pour leur émancipation. Pas moins.

Passons-les en revue. Il s’agit de :

1) L’identification de l’oppresseur et de l’opprimé comme fondement de la détermination de l’action politique.

Dans ce conflit, Israël est le pays oppresseur et le peuple palestinien, l’opprimé. Il en découle un soutien inconditionnel à l’opprimé de tous ceux qui ont en partage “le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes “.

Or, dans sa chronique, Kamel Daoud admoneste également Israël et la Palestine, les renvoyant dos à dos, à  travers des phrases d’une banalité affligeante.

Kamel Daoud écrit “La solidarité n’est pas choix, mais élan total envers toutes et tous. Solidarité avec l’homme, partout, contre l’homme qui veut le tuer, le voler ou le spolier, partout”. Et comme si cela ne suffisait pas, Kamel Daoud ajoute : ” Présenter des condoléances pour leurs morts alors que des Israéliens présentent des condoléances pour le jeune Palestinien brûlé vif “. Que je sache, mon cher Kamel Daoud, c’est bien le soldat israélien “(qui) veut tuer, voler et qui spolie” et c’est encore lui  “le bourreau” et par extension, n’est-ce pas trois extrémistes israéliens qui ont ” brûlé vif le jeune palestinien” ?

On ne peut se forcer à mettre à égalité opprimé et oppresseur pour donner une leçon de civilité, marque de la morgue et du mépris des petits bourgeois, à des Palestiniens, peuple et dirigeants qui vivent, dans leur chair, les affres de l’occupation israélienne également ressenties fortement par des millions de citoyens de la rue arabe et du monde. Fallait-il que l’Algérie post-indépendante exprime ses condoléances à la famille de Bigeard ou d’Aussares, l’assassin de Larbi Ben M’hidi, entre autres ? Faut-il que les Palestiniens adressent leurs condoléances à la famille d’Ariel Sharon, le boucher de Sabra et Chatilla ? Posez concrètement ces questions, c’est y répondre.

Le soutien sans condition politique à l’opprimé a toujours été une ligne politique, forgée par des décennies de luttes qui distinguent “les solidaires” de ceux qui le sont seulement en paroles, et de ceux qui ne le sont pas du tout. Ce soutien contre l’oppresseur va également, sans réserve aucune, à des mouvements parfois aux antipodes de notre propre sensibilité politique.

Dans l’entre-deux guerres mondiales, l’Italie fasciste envahit l’Éthiopie dirigée par Haile Selassié. Tout ce que la planète comptait de mouvements politiques de la droite à l’extrême gauche a soutenu inconditionnellement l’Éthiopie, pourtant retardataire et non démocratique. L’Éthiopie n’a pas fait de sélection parmi ses soutiens et le reste du monde n’a pas posé de conditions à son soutien à la nation éthiopienne opprimée.

Autre exemple : la seconde moitié du siècle dernier a été marquée par deux conflits dans le sud-est asiatique dont celui du Viet Nam. Tous les mouvements politiques, épris de justice dans le monde, ont soutenu, sans réserve,  le Viet Nam communiste en tant que nation opprimée contre les agresseurs français puis américains, nations démocratiques, y compris en France et aux États-Unis. Les mouvements politiques et les États qui ont fait le choix inverse l’ont fait pour des considérations stratégiques et en s’inscrivant dans la “guerre froide” qui avait alors court et en opposant “communisme” et “démocratie”, oubliant que l’autodétermination et le refus de l’oppression des nations sont deux principes cardinaux de la démocratie. Le viet Nam n’avait pas non plus opéré de sélection parmi ses soutiens.

Notre propre révolution a obtenu un soutien mondial sans précédent parce qu’identifiee comme révolution d’une nation opprimée. Ce mouvement englobait Bourguiba, Nacer, Mohamed V, Ho chi minh, Mao tse toung, Tito et le senateur Kennedy, devenu ensuite président, Castro, Che Guevara, le mouvement des non-alignés, les mouvements de libération en Afrique, Sekou toure, N’krumah, et Mandela, l’IRA et la minorité du parti travailliste anglais, la CISL, ce syndicat mondial lié à la CIA,  etc.  Faut-il reprocher aujourd’hui à Ait Ahmed, M’hamed Yazid, Ferhat Abbes, Benyoucef Benkhedda, d’avoir tout fait pour obtenir ce large front de soutien ? Faut-il se reprocher d’avoir accepté le soutien de Kennedy qui, dans le même temps, organisait l’embargo sur Cuba et préparait la guerre du Viet Nam ou celui de Germaine Tillon parce qu’elle avait clairement exprimé son refus des attentats d’Alger ?

2) L’organisation de la  solidarité  selon le principe du  “marcher séparément, frapper ensemble” et le soutien inconditionnel à la nation opprimée.

Ces deux principes sont liés entre eux. Kamel Daoud critique, c’est son droit, de manière sévère, des prises de positions de certains courants politiques en Palestine occupée ou agissant ailleurs dans le monde arabe et dans des États islamiques. On comprend, sans que cela soit explicitement dit, qu’il s’agit de Hamas en Palestine occupée, de partis et mouvements islamistes et même de certains États. Il ne distingue pas ces mouvements entre eux. Il les met dans le même panier mais surtout, il en conclut que la solidarité à l’égard de la Palestine n’inclut pas Hamas et que les actions de solidarité ne peuvent être menées avec ces mouvements et partis. Conclusion naturellement fausse si on se reporte aux  principes universels en la matière et au vu de l’expérience internationale.

En ce qui concerne Hamas : Il  doit être défini comme étant l’un des mouvements de la nation palestinienne opprimée puis, par son programme politique et ensuite par ses actions. En tant que mouvement palestinien, Hamas est un mouvement de résistance à l’oppression israélienne et doit donc, contre celle-ci, recevoir le soutien inconditionnel de tous les mouvements épris de justice et attachés à l’autodétermination des peuples.

Les termes ” soutien inconditionnel ” signifient que la solidarite, à  son egard, s’exprime sans lui poser de conditions politiques mais signifient aussi que la caution politique peut lui être refusée. Lutter, par exemple, pour la libération des prisonniers politiques palestiniens inclut les prisonniers de toutes tendances. Exiger l’arrêt des bombardements sur Gaza n’a d’autre signification que le refus, par celui qui est solidaire, de l’oppression et de la répression. Elle ne signifie pas que “le solidaire” fait sien, le programme politique de Hamas ou qu’il s’interdit de critiquer certaines  actions menées par ce mouvement politique.

Si je reprends l’exemple de l’Ethiopie, cité plus haut, plusieurs mouvements se sont élevés  contre l’occupation de ce pays par l’Italie mais cela ne les a pas empêchés de se prononcer en même temps pour “la République” ou contre l’excision. C’est cela le soutien inconditionnel, un principe qui va de pair avec la forme que doit prendre l’organisation de la solidarité et qui a été schématisée par la formule “marcher séparément, frapper ensemble”.

Durant notre révolution, on a vu durant des manifestations en France, notamment celle de Charonne en févier 1962, des manifestants marcher en portant une banderole sur laquelle était écrit “Paix en Algérie” et d’autres, regroupés derrière une banderole clamant “Indépendance de l’Algérie “. Germaine Tillon s’est portée aux côtés du peuple algérien mais  sans soutenir les attentats d’Alger ; des porteurs de valises et d’autres, tout en refusant  de faire partie du réseau Janson, pro-algérien, s’exprimaient contre la répression ; des intellectuels se sont élevés contre la torture parce que attachés à la “France des droits de l’homme” et qu’ils avaient pris conscience de cette barbarie, en assistant aux procès de militants algériens et autres ; d’autres enfin et en petit nombre étaient depuis longtemps du côté algérien par anticolonialisme assumé.

La formule “marcher séparément, frapper ensemble” est un principe qui guide l’organisation de la solidarité à  l’égard de la nation opprimée et qui recoupe, souvent mais pas toujours, l’organisation de la lutte de toute nation opprimée, pour son autodétermination en front national de partis et de mouvements.

L’OLP qui est l’organisation unitaire de la nation palestinienne ne regroupe-t-elle pas une kyrielle de mouvements grands et petits, ayant des sensibilités politiques très différentes les unes des autres ?

Le reste de la chronique de Kamel Daoud est  une tentative désespérée pour rattraper le cours des choses en utilisant une méthode éculée faite de nombreuses contre-vérités, explicitement,  implicitement,  par omission et en travestissant la réalité pour asseoir ses  démonstrations.

1) Kamel Daoud  ne comprend  pas la réalité de la lutte palestinienne. Or, le devoir d’un intellectuel consiste, justement à essayer de la comprendre selon les bons mots de Spinoza “ni rire, ni pleurer mais comprendre”. Comprendre afin d’aider à forger les instruments pour agir avec justesse ou raffermir les actions de solidarité.

2) Pour kamel Daoud, une partie de l’opinion arabe et musulmane s’émeut “du drame palestinien parce que ce sont des Israéliens qui bombardent. Et qui, donc, réagit à cause de l’ethnie, de la race, de la religion et pas à cause de la douleur ?

2) Admirez  le mot “parce que” dans la première phrase citée, suivi dans la seconde phrase du mot “donc”. C’est une phrase typique d’un intellectuel qui introduit un lien de causalité qui n’est pas prouvé afin de construire sa propre réalité pour pouvoir distiller son propre message. D’autant que la tournure ” Et qui donc “, autrement dit, personne, suppose une réalité introuvable.

En termes plus simples, pour Kamel Daoud, une partie du monde arabe et musulman agit par antisémitisme et non par solidarité avec l’opprimé.

Cette affirmation a une conséquence immédiate : en travestissant, la lutte du peuple palestinien et des mouvements à l’échelle mondiale qui le soutiennent contre l’occupation, pour en faire un combat “antisémite”, Kamel Daoud, (l’a-t-il fait consciemment ?)  interdit la moindre critique, à l’égard d’Israël, “État juif” ou “hébreu” selon les israéliens, eux-mêmes), même lorsqu’il bombarde, emprisonne et réprime un peuple spolie. BHL et Netanyaou ne disent rien de plus lorsqu’ils assimilent “antisionisme” alors même que le sionisme revendique la création d’un État sur les  seules bases “de la religion, de l’ethnie et de la race “, à de l’antisémitisme. La frontière entre BHL et Kamel Daoud est décidément poreuse. Sur ce point–là, Kamel Daoud emploie les mêmes mots que BHL pour le dire.

Il faut faire justice de cette tentative d’accrediter cette these en scrutant la societe palestinienne, celles des pays arabes et des pays islamiques et leurs mouvements politiques.

Dans un article paru, le 17 mai 2017, dans ” l’Observateur “, un hebdomadaire fran￧ais, titre ” Antisemitisme et antisionisme, amis ou ennemis ?”, Ray Elsa raconte son sejour de plusieurs mois, au sein des populations palestiniennes. Elle ecrit ” Lorsque j’etais en Palestine pour recolter des temoignages, je me suis montree particulièrement attentive aux mots, et aux maux qu’ils exprimaient. En 14 semaines et d’innombrables rencontres, j’ai constate avec etonnement que les Palestiniens n’utilisaient presque jamais le mot “juif”. Plus encore, ils me reprenaient spontanement lorsque je l’utilisais. Par exemple si je disais: “is this area only for jewish people?” (“Cet endroit est-il reserve aux seuls juifs?”) ils me repondaient, spontanement, “no this is only for settlers” (“non c’est reserve aux colons”), à, tel point qu’à  un moment donné, je me suis demandee si les gens comprenaient le terme anglais “jewish”, alors j’ai tente d’utiliser le terme arabe “yahoud”, mais ils me reprenaient tout autant sur la semantique.

Alors quels mots utilisent les Palestiniens, s’ils n’utilisent pas (ou peu) le mot “juif”? Eh bien ils disent :

o”Settlers”colons)

o”soldiers”(soldats,policiers)

o”israelis”(israeliens)

Et quels maux expriment les Palestiniens à  travers ces termes? Eh bien ils relatent:

o”the settlements”(les colonies)

o”occupation”(l’occupation)

o”oppression”(l’oppression)

Ici, il n’est donc pas du tout question d’une religion et d’une ethnie. Il est question d’une situation politique bien precise, et des personnes qui l’incarnent. Ici, il est question de sionisme et non de judaisme.  L’une des rencontres qui m’a le plus marquee lors de mon premier sejour, c’est celle avec le pere Manuel Musallam, grande figure de la resistance palestinienne chretienne. Nous l’avons rencontre à  son domicile à Birzeit, près de Ramallah, ou  il s’est maintenant retire. Lorsque j’ai b evoque l’antismitisme comme argument imparable pour discrediter toute critique d’Israel, il a grogne: “l’antisemitisme? Ce truc qui vient de chez vous (europe Note de moi CB) ?  On ne connait  pas ça ici! Les Juifs, les Chretiens et les Musulmans ont toujours vecu ensemble en Palestine, toujours. Avant que le cancer du sionisme vienne tout gacher, tout detruire. Et d’ailleurs, le sionisme aussi vient de chez vous (europe note de moi CB) “.

Qui peut  s’etonner du contenu de cet article ? Seulement ceux qui sont dans l’ignorance des traditions et du travail politique des partis et organisations palestiniennes. Un travail qui  s’inscrit en droite ligne avec le vecu millenaire des populations de cette region aux convictions religieuses et politiques differentes . Le slogan de l’OLP n’est il pas ” pour une Palestine laique et democratique ” ? Cette organisation n’est elle pas constituee de plusieurs organisations dont certaines portent haut les valeurs universelles democratiques et humanistes ? La charte de l’OLP est totalement construite sur ces valeurs. Il n’y a pas une once de sentiments racistes ou antisemites. Mieux, du vivant de Arafat, l’OLP n’a-t-elle pas appele  les arabes israeliens à voter pour le parti travailliste alors dirige par Yitshak Rabin ?

Le mouvement Hamas, lui-meme, qui a une vision de la societe de maintenant et de celle à construire, bien differentes des autres mouvements palestiniens et qui semble particulièrement visé  par Kamel Daoud, developpe son action sur la base d’un programme, parfaitement discutable, mais ou  il n’y a nul trace d’antisemitisme. Je rajouterai, au passage, que nul n’ignore que le developpement de Hamas aete  ” favorise← ” par les strateges du Mossad pour contrarier et affaiblir l’OLP selon le principe du diviser pour regner.

La situation, sur ce meme plan , dans le monde arabe et islamique, (vocables  utilises  par   Kamel Daoud et que j’utilise seulement pour permettre la meilleure communication possible) est une copie conforme de celle en Palestine occupee, decrite plus haut.

Formellement il n’existe pas de mouvement politique serieux et representatif ou un Etat qui pronent ” l’antisemitisme “. Il suffit, pour s’en convaincre, de se reporter au programme politique des ” freres musulmans “, qui reste, sans doute, la plus grande alliance islamiste à l’echelle de ce monde : ” antisionisme ” oui ” antisemitisme ” jamais. Ce sont les adversaires de la Palestine qui valident cet amalgame et le font prosperer à l’←chelle mondiale. Il semble que Kamel Daoud soit l’un de ceux qui sont abuses par cet argumentaire.

3)      Mais est-ce que, pour autant, des idees antisemites  et racistes n’existeraient-elles pas ? La reponse est bien sur ” oui, assurement ” car personne ne peut affirmer que nos societes sont parfaites. A l’echelle de dizaines de millions de femmes et d’hommes toutes les idees meme les plus viles, ont court. Cela est valable à Ramallah, Alger, Paris ou Londres. Mais ce qui est tres largement minoritaire ne peut etre transforme  d’un trait de plume, en courant majoritaire.

Avec le raisonnement inverse  il faudrait en conclure à  la  responsabilit← du  peuple français, citoyens et partis politiques, dans le crime horrible ” des barbares ” lorsqu’est assassine, en France, un jeune juif, dans des conditions atroce.

En scrutant la societe palestinienne, on observe, en effet, que des citoyens inorganises  et de petits groupuscules expriment de l’antisemitisme. Il en est de meme dans le reste du monde arabe et islamique. En direction de ces citoyens, il faut faire un travail pedagogique et combattre energiquement ces groupuscules sur le terrain de la democratie pour preserver le contenu anti- colonialiste de la lutte du peuple palestinien. Se contenter de constater ce phenomene, tres minoritaire  dans la classe politique,  et ne rien faire c’est proner la politique de Ponce pilate, ” je me lave les mains de ce qui adviendra “. Les intellectuels, où qu’ils se trouvent, doivent agir et pas seulement eux. Etre pedagogique vis-à-vis des citoyens et mener une lutte intransigeante à  l’egard de ces groupuscules aux idees inspirees par la haine, c’est etre, in fine, solidaire du peuple palestinien.

Comme on le voit, ” la solidarite inconditionnelle ” à l’egard du peuple palestinien contre toutes les repressions et pour son autodetermination n’exclue nullement le droit de critique.

A l’echelle d’un pays, fort de millions d’etres humains, les personnes evoluent politiquement à travers leur vecu. C’est d’ailleurs, un chemin que Kamel Daoud connait parfaitement pour l’avoir emprunte. C’est un processus pratique et non ideologique. L’evolution des opinions politiques procède par comparaisons permanentes entre le vecu et l’activite  de tous les intervenants, partis politiques, gouvernements, Etats, associations, syndicats, d’un pays donne. A notre epoque, les citoyens sont egalement nourris par les opinions internationales. L’individu va etre saisi au depart par sa condition sociale et les rencontres de ”  hasard “. Il va evoluer ou conforter ses opinions de depart  à  partir de son experience pratique et de ses  rapports avec les autres individus et institutions. Sur ce plan, le simple citoyen et l’intellectuel ne procedent pas de la meme  maniere. Ils peuvent  se retrouver sur les memes idees mais ils y parviennent par des cheminements differents car l’evolution de l’intellectuel procede plus de l’abstrait, de  l’ideologie.

Pour le simple citoyen, la situation en Palestine occupee est injuste depuis 1948. Elle est devenue desesperante plus particulierement pour les Palestiniens les plus fragiles. Mais quelle est donc cette situation qui nourrit autant de sentiments et de reactions ?  Voici la description qu’en fait un rapport de l’ONU  ecrit par Richard Falk, professeur à l’universite de Princeton et ancien rapporteur de l’ONU sur la situation des droits de l’homme dans les territoires occupes et Virginia Tilley, professeur à  l’universite  de l’Illinois, auteur, dans les annees 2000, de nombreuses recherches en Afrique du Sud. Ce document, devoile mercredi 15 mars, à  Beyrouth,  emane de l’ESCWA (Economic and Social Commission for Western Asia), l’une des cinq commissions regionales des Nations unies, chargee des questions economiques et sociales dans le monde arabe, dont le siege se trouve dans la capitale libanaise.

Pour la première fois dans l’histoire de l’ONU, un rapport publie en son nom accuse Israel de soumettre les Palestiniens à un regime d’apartheid. Le rapport d’une soixantaine de pages, affirme qu'” Israel a mis en place un regime d’apartheid qui institutionnalise de façon systematique l’oppression raciale et la domination du peuple palestinien dans sa totalite “. Pour les auteurs, le systeme de discriminations pesant sur les Palestiniens est constitutif du crime d’apartheid, tel que défini par la Convention internationale anti-apartheid de 1973. Ce texte, définit l’apartheid comme des ” actes inhumains, perpétrés dans le but d’établir et de maintenir la domination des membres d’un groupe racial sur les membres d’un autre groupe racial et de les opprimer systématiquement “. Il a été endossé par l’Assembl←e générale de l’ONU mais signalons que beaucoup de pays occidentaux  ne l’ont pas ratifié.

Apartheid, dites-vous ! Israel n’est donc pas l’état démocratique tant vanté, au regard des valeurs démocratiques qui prennent en compte, elles, ” la relative expression libre pour les israeliens juifs ” mais aussi les conditions d’apartheid dans lesquelles vivent la minorite arabe israelienne et le peuple palestinien. Dans ces conditions concrètes et avec le temps, il est quasi mécanique qu’à  coté des partis et organisations traditionnels palestiniens, surgissent des groupuscules qui, par calcul politique ou incapacité devant ce qui apparait comme une impasse, travestissent la lutte du peuple palestinien en y injectant des ingredients etrangers à, ses traditions politiques et culturelles  et, dans ce cas d’espèce, la tentative de propagation de sentiments ” antisémites “.

C’est un processus bien connu que nous pouvons décrire en revenant brièvement sur un évènement, dans la lutte de libération, en Afrique du sud. A coté de l’ANC, existait un autre grand mouvement, le ” congrès panafricain ” PAC, née d’une scission d’avec l’ANC. Ses futurs dirigeants étaient contre l’intégration dans l’ANC des blancs et des métis.. Ces deux mouvements avaient un point d’accord fondamental, la lutte anti-apartheid et un désaccord tout aussi fondamental, la pureté ethnique dans les rangs de la résistance. Tous les deuxétaient viscéralement pacifistes. Ils n’envisageaient la lutte pour les droits que par une succession de marches, manifestations et de manière g←n←rale, par la résistance passive. Mais l’ANC et le PAC divergeaient sur l’objectif à  atteindre. Les dirigeants de l’ANC luttaient pour l’égalité entre tous les sud africains. Le mot d’ordre du mouvement l’exprimait parfaitement ” one man one vote “. Il regroupait, en son sein, sans distinction, noirs, métis, indiens, et blancs. Meme au niveau de sa direction, les différentes communautés étaient representees. Le PAC, lui,  pronait, à travers son mot d’ordre,” l’Afrique aux africains “, une toute autre orientation. Pour ce mouvement, les noirs devaient construire une societé           ” pour les noirs “. Les deux mouvements étaient très actifs. Le 21 mars 1960, le PAC et non l’ANC appelle à une marche de protestation contre ” les passeports intérieurs ” à  Sharpeville. La police charge et laisse sur le carreau 70 morts et des centaines de blesses. Le PAC et l’ANC réagissent en meme temps  mais separement, en appelant à une grève generale. Mandela, lui-m↑me, va, de façon spectaculaire, devant les journalistes et en public, bruler son ” passeport interieur “. Il apportera son soutien clair au PAC face à la r←pression policière alors que toutes ses convictions politiques et sa vision du futur de l’Afrique du Sud étaient aux antipodes de ceux du PAC qui n’avait en vue que la ” conscience noire “. Unis et solidaire contre l’apartheid mais adversaires politiquement sur une question fondamentale. C’est par cette politique que l’ANC deviendra largement majoritaire au point qu’à la liberte retrouvee, le PAC n’aura aucun député et c’est ainsi, depuis la chute de l’apartheid. Sans avoir la force numerique du PAC, ont surgi  aussi, dans les ann←es 70 à 90, des groupuscules noirs qui rejetaient la coexistence des communautes sous pretexte de lutte contre l’Apartheid. Il a fallu beaucoup de temps et le prestige de Mandela pour que naisse la nation sud africaine arc en ciel. A aucun moment, durant toutes ces decennies de lutte, le peuple sud africain n’a cede à  l’ethno-centrisme. A l’echelle mondiale, la solidarite  n’a jamais manque à  l’ANC et au peuple sud africain malgre  ces groupes dont les activites etaient montees en epingle, conjointement, par les services de securite sud africaines et par des observateurs en mal de copie.

C’est par la massification de la lutte d’independance palestinienne et de la solidarite au niveau mondial que seront noyes, ces groupuscules. Mais en attendant, ils auront ete  utilises par l’oppresseur comme instrument de division pour affaiblir la lutte nationale palestinienne et la solidarite internationale si vitale pour l’opprime. C’est pourquoi la chronique de Kamel Daoud est si malvenue.

4)      Kamel Daoud souhaite que tous ceux qui sont  solidaires de la Palestine, le soient en meme temps, à  l’egard de tout autre peuple injustement opprime dans le monde et de toute personne victime d’injustice dans son propre pays.

5)       Un souhait particulièrement empreint de bons sentiments. Seulement Kamel Daoud n’est pas consequent avec lui-meme. En effet, à  bien y reflechir, ces principes  constituent ensemble des elements serieux d’un programme politique sinon d’une association se situant clairement sur le terrain democratique. Existent-ils ? Si oui Kamel Daoud doit  contribuer àelargir l’influence de l’un ou de l’autre par tout moyen democratique possible. Mais si, sur la carte politique algerienne, il ne trouve pas son bonheur, il doit descendre dans l’arene politique pour construire un nouveau parti ou une nouvelle association qui agiraient selon les principes developpees, dans la chronique. Ce n’est pas ringard  et ce serait utile.

Ceci etant dit, il peut continuer à e←crire des chroniques, tant qu’il le souhaite. Droit inalienable. Peut-etre, Kamel Daoud se rendrait-il compte, alors, avec le temps, qu’ecrire est insuffisant au regard des principes qu’il developpe car ils sont loin d’etre majoritaires dans notre societe. Il en viendra, alors, s’il tire toutes les consequences de ses ecrits, à s’engager, sur le terrain pratique pour rassembler avec patience et persev←rance, celles et ceux qui partagent tout ou partie de ses idees.

Choix difficile car difficile sera le combat. La societe et les mouvements politiques sont loin de combiner le combat democratique sur les plans national et international. Dans la vie reelle, les citoyens, les partis et les associassions expriment leur solidarite à  l’←gard des peuples opprimes, à des niveaux très differents. Les  partis agissent en fonction de leur propre conscience et selon leur programme et leurs objectifs qui, par definition, ne sont pas partages, sinon il n’y aurait qu’un seul parti.

3)      Kamel Daoud écrit aussi que ” Le drame palestinien a ete  ” arabise ” et islamise à outrance au point que, maintenant, le reste de l’humanite  peut se sentir debarrasse du poids de cette peine. C’est une affaire ” arabe ” et de musulmans. “. Ce serait le fait ” des arabes ” et ” des musulmans ” .

C’est un reproche qui n’est absolument pas merite . L’oppression vecue par les Palestiniens est vivement ressentie par des peuples, des organisations de divers nature et objets, et par des citoyens, partout dans le monde, y compris en Israel.

Nous verrons plus loin, les manifestations de solidarite  sur toute la planète. Mais voyons d’abord qui, en verite, a tente et en partie reussi à  faire admettre à l’opinion mondiale que la lutte palestinienne etait ”  arabe et islamique ” ?  C’est bien sur Israel.

Les termes ” conflit Israelo-arabe ” ont ete injectés , des 1948, pour justifier  l’expropriation du peuple palestinien, pour caractériser ce fait politique parce que les médias internationaux répugnaient à  user du terme ” Nakba “, designation à forte charge émotionnelle que lui ont  donné les palestiniens pour dire leur sentiment d’avoir ete  trahis pendant qu’ils etaient spolies de leurs terres et que leur etait nie  leur droit legitime à l’autodetermination.

Ce faisant, Israel a poursuivi trois objectifs parfaitement lies : gommer l’identification de l’oppresseur et de l’opprime  pour etablir une nouvelle identite (David et Goliath)  ” le petit Israel menace← par les pays arabes et islamiques”, mobiliser les juifs dans le monde pour, d’une part, la soutenir financierement et politiquement et d’autre part, que ce soit un appel d’air  à l’emigration dans ce pays comme le stipule la loi dite du retour , votee le 5 juillet 1950 par la Knesset qui ”  garantit à  tout juif ainsi qu’à  son eventuelle famille non juive, le droit d’immigrer en Israel. ”

Cet argument de forteresse assiegee, systematiquement utilise par Israel, a d’autant plus d’influence sur l’opinion internationale qu’il repose sur un semblant de realite. Je m’explique : effectivement, c’est  la rue arabe qui reagit, la  premiere, à la spoliation des palestiniens d’abord puis regulièrement, à d’autres manifestations d’injustices : Canal de suez, 1967, 1973 etc…  Et pourtant, nous pouvons affirmer que celles-ci ont mises  en exergue pour mieux cacher et nier les reactions qui se sont toujours exprimees, à travers le monde, contre l’injustice historique faite aux palestiniens.

Mais est-ce anormal que, justement, les populations réagissent les premiers, à toutes les manifestations d’injustice et d’oppression à l’égard du peuple palestinien ?

Les actions de solidarite  s’expriment à  plusieurs niveaux. Le premier niveau est toujours mu  par une communaute de destin qui plonge profond←ment dans l’histoire, la culture et toutes autres choses que les peuples ont en partage. Il n’y a donc rien de surprenant ou de condamnable, dans le fait que la rue arabe et celle des pays islamiques reagissent quasi spontanement pour soutenir le peuple palestinien. Le second est nourri par les programmes politiques et les valeurs democratiques universelles que les partis et organisations d←veloppent, où qu’ils se trouvent sur la planete.

Au d←but des annees 20 du siecle dernier, les militants algeriens, tunisiens, et marocains emigres, en France, ont baptise leur  première  organisation de lutte, ” l’Etoile Nord-Africaine “. Est ce un hasard ? Et durant la Revolution algerienne et les luttes d’independance en afrique  du nord  les militants et les peuples de Tunisie, Algérie et Maroc ne s’entraidaient-ils pas ? Et leurs soutiens, les plus chaleureux, les plus motives, ne venaient ils pas du monde arabe et islamique ?

La Chine et l’URSS n’armaient-elles pas le viet-Nam ? Et les peuples europeens, en defense de la republique espagnole, contre le general Franco ? Et les peuples d’Amerique Latine ne sont-ils pas les premiers à reagir au coup d’etat de Pinochet, en 1973, ou à  l’embargo de Cuba par les USA ?

La communaute de destin et la proximite sont toujours le premier catalyseur des solidarites. Elle n’a jamais empeche  ces questions de prendre une dimension internationale, jamais empech← les Justes d’exprimer leur indignation et leur soutien, où qu’ils se trouvent.

Ce sont des principes tellement basiques que je m’etonne que l’on puisse ainsi argumenter pour pouvoir speculer sur l’absence de solidarite  à  l’←gard de la Palestine, hors du monde arabo-islamique. Speculation et construction abstraite artificielle car la realite est tres loin d’etre celle là  si on examine les actions de solidarite des dernieres annees, sans avoir à remonter plus loin.

Tout recemment, je regardais un reportage sur la chaine isra←lienne, 24 news. Il portait sur le boycott  des produits israeliens. La presentatrice du journal televise  l’a lance, en indiquant la grande inqui←tude du gouvernement israelien devant le succes de cette operation ” surtout dans les pays occidentaux, notamment, en Angleterre et aux Etats unis “. En effet, comme le rapportait le reportage, l’Union Nationale des etudiants d’Angleterre (UNEA) venait de voter, au cours de son congres, une resolution pour boycotter tous les produits israeliens, en signe de protestation contre les  bombardements sur Gaza et plus generalement contre la repression anti- palestinienne et contre la construction ” du mur de la honte “. Cette initiative baptisee  BDS  touchait, selon le reportage, toujours, les campus am←ricains, d’Amerique latine et risquait de s’etendre au nord de l’Europe, Allemagne incluse. En avril, mai, juin 2017,  la greve de la faim des prisonniers palestiniens a ete  soutenue massivement dans de nombreux pays au point qu’Israel a du ceder devant la pression de ses allies  americains et satisfaire aux revendications avancees notament, par Marwan Barghouti. Dans cette meme grève, l’ordre des medecins israeliens, en s’appuyant sur une resolution internationale, a refuse  l’injonction de son gouvernement “à  nourrir de force “,  les prisonniers, afin de respecter leur conscience.

En Israel, toujours en octobre 2016, une dizaine de milliers de femmes de toutes confessions a  marche  devant la residence du premier ministre à  Tel Aviv mais egalement en Cisjordanie pour reclamer la paix. En Israel,  toujours, voici ce que rapporte, le 28 mai dernier, le quotidien Haaretz : ” Tel Aviv a accueilli ce samedi un rassemblement organise par despartis de la gauche et du centre-gauche pronant la paix par le biais de la mise en place de “Deux etats pour deux peuples”.

Le rassemblement de dizaines de milliers de personnes s’est tenu sur la place Yitzhak Rabin [assassine en 1995 sur cette place] et, les participants à  l’action se prononçaient en faveur de la liberation des territoires occupes et pour la creation d’un etat palestinien dans ses frontieres de 1967. ”

D’apres Haaretz, l’action a ete  organisee par l’ONG  Peace Now (paix maintenant), conjointement avec les partis Haavoda (centre-gauche) et Meretz (gauche). Le message du chef de l’Autorite palestinienne Mahmoud Abbas a ete  lu aux participants. En outre, une serie de personnalites politiques et artistes ont pris la parole, pendant l’action. A la fin des  années 70 un rassemblement contre la répression n’avait réunit que huit (8) Israéliens  sur la grande place de Jerusalem.Le monde change.

En Amerique latine, particulierement, dans les deux geants de la region, l’Argentine et le Bresil, des comites de soutien au peuple palestinien existent et agissent comme lors des bombardements de Gaza. Des dizaines de videos sont postees sur la toile pour temoigner de leurs actions. Dans des dizaines de pays dans le monde il y a au niveau des institutions parlementaires et dans la societe, des associations d’amitie  avec la Palestine ou des sites dans les differentes langues pour informer sur le martyr vecu par les Palestiniens. Meme le monde sportif est engage  sous des formes symboliques. L’equipe nationale d’Italie n’a-t-elle pas offert symboliquement son trophee mondial ? Le cinema n’est pas en reste, avec de tres nombreux films qui rapportent assez fidelement la situation en Palestine occupee.

Enfin dans la lointaine Australie, s’est tenue, en aout dernier, la conference internationale de soutien au BDS. Une conférence qui a réunit des centaines de participants  representants des comités de soutient de tous les pays de la région.

On ne peut qu’etre etonne  que malgre ce foisonnement d’actions de solidarite qui parfois sont le fait de mouvements politiques mus  seulement et uniquement  par  leur adhesion aux valeurs universelles democratiques de justice pour tous les peuples opprimes, Kamel Daoud puisse ecrire ” Les images qui viennent de Gaza sont terribles. Mais elles le sont depuis un demi-siecle. Et nos indignations sont encore aussi futiles et aussi myopes et aussi mauvaises. Et nos lucidites  et nos humanites sont aussi rares et mal vues. Il y a donc quelque chose à changer et à assumer et à  s’avouer. La ” solidarite ” n’est pas la solidarite. Ce que fait Israel contre Gaza est un crime abject. Mais nos ” solidarites ” sont un autre qui tue le Palestinien dans le dos. “.

C’est extraordinaire, particulièrement extraordinaire ! En termes plus simples, que nous dit Kamel Daoud    ”  Les images qui viennent de Gaza sont terribles (…) Ce que fait Israel contre Gaza est abject ” ce qui est parfaitement juste. On s’attend alors  à  ce qu’il nous invite à redoubler d’indignation. Mais non !

Il n’y a rien de nouveau sous le soleil car ←crit-il, ” cela fait un demi siècle que cela dure ” ! Dans ces conditions, avec Kamel Daoud, on doit conclure ” puisque cela dure depuis un demi siècle ” et que nos actions de solidarié ” sont encore aussi futiles et aussi myopes et aussi mauvaises ” il vaut mieux, en effet, ne rien faire, surtout que, ajoute Kamel Daoud, nos ” solidarités  sont un autre qui tue le palestinien dans le dos ” et ce n’est pas le tour de passe-passe consistant à  mettre parfois les guillemets entre le mot solidarité qui changera grand-chose à  notre conviction que Kamel Daoud nous invite tout simplement à  ne rien faire car c’est impossible !

Impossible comme l’était sans doute la victoire du peuple viet-namien, soumis aux B52. Impossible, l’indépendance algérienne, face à  la 4 ème arm←e du monde. Impossibles, la chute de videla en Argentine, de Franco en Espagne, de Salazar au Portugal, de Pinochet au Chili, de la dictature militaro-policière au Bresil, de Ben Ali en Tunisie, de Moubarek en Egypte, quoique que l’on puisse penser de leur après.

Impossibles, les manifestations de dizaines de milliers de marocains contre la constitution monarchique absolue en février 2011, la chute de l’apartheid et la naissance de la nation Sud-Africaine arc en ciel, impossible, Octobre 88, en Alg←rie qui a emporté le parti unique

Impossible… avant d’essayer de le rendre possible.

4)      Kamel Daoud n’aborde pas la question des formes de la lutte du peuple palestinien. C’est pourtant une question essentielle. Je l’aborde ici par souci de coherence et pour etre le plus complet possible.

5)       Depuis 1948, les Palestiniens se sont battus pour leur libert← en usant de toutes les formes de lutte. Après 1967, ils ont généralisé  la lutte armée de guérilla, certains mouvements ont réalisé  des actions spectaculaires comme les détournements d’avions, des prises d’otages comme à Munich en 1972 et qui s’est terminé  tragiquement. Ces dernières années, principalement à Gaza, on a vu apparaitre des opérations Kamikazes, et enfin depuis cette meme ville, les forces armées de certains mouvements répliquent aux attaques d’Israel, en envoyant des roquettes sur des communes Israeliennes. Mais les formes traditionnelles, grèves et manifestations,  n’ont pas ete abandonnées.

Que doit-on en penser ?

La violence n’a jamais été  la forme d’action que les opprimes  privilegient. Ils ne s’y resignent, en général, qu’en derniere instance, après avoir épuisé toutes les formes possibles de dialogue avec l’oppresseur. Ils ne l’utilisent, toujours, qu’en en réaction à la violence des oppresseurs qui ne leur laissent pas d’autres choix.

En Afrique du Sud, l’ANC et le congrès panafricain  ont, durant 40 ans, sans doute, influencés par le Mahatma Gandi qui a résidé et lutté, en Afrique du Sud, pronaient  la non violence pour faire aboutir leurs revendications d’égalité et de liberté. Ce n’est qu’après le massacre de Sharpeville, aprés tant d’autres, que l’ANC, sous la houlette de Nelson Mandela, s’engage dans la lutte armée en la combinant aux autres formes de lutte traditionnelles. Mandéla, en organisant notamment, une série de sabotages, le 19 décembre 1960,  insiste pour que les objectifs militaires ne touchent à aucun moment les civils blancs. Et en Algérie n’est ce pas, après plus d’un siècle d’oppression et la persistance  dans  leur surdité des autorités coloniales et métropolitaines françaises que les militants ont du se résoudre à passer à la lutte armée ? Et meme les attentats d’Alger, dans les années 56/57, n’ont-ils pas été décidés par le FLN, seulement   après que  la sinistre Main Rouge et des ultras de l’Algérie française en aient commis une bonne trentaine contre des civils, celui de la rue de Thèbes, particulièrement meurtrier, que l’on admet communement, n’ayantn été que le point de paroxysme de cette barbarie supplémentaire du colonialisme français ? L’oppresseur a toujours des forces armées nettement supérieures aux moyens de l’opprimé. Sur ce point, rappelons-nous cet  échange entre un journaliste et Larbi Ben M’hidi que reconstitue Pontecorvo, dans le fim, La Bataille d’Alger. Le journaliste demandait  au leader algérien s’il trouvait normal l’utilisation des bombes cachées dans des couffins pour commettre des attentats. A cette question, la réponse de Larbi Ben M’hidi est cinglante et source de leçons, dans notre débat actuel : ” donnez-nous vos avions, nous vous donnerons nos couffins ” répond le révolutionnaire algérien.

En Palestine la construction de l’Etat d’Israel a été  entamee par la spoliation, l’expulsion violente des Palestiniens, de leurs terres, de leurs maisons et finalement de leur pays. Le massacre de Deir Yassin s’est déroulé le 9 avril 1948. Il a été  perpétré par 120 membres de l’Irgoun, organisation dirigée par un futur premier ministre Israélien et les historiens évaluent aujourd’hui le nombre de tués, à   250 environ. Tout un village, enfants, femmes, hommes et meme animaux, massacrés, rayés  de la carte. A la place de ce village- symbole, Israel a construit un hpital psychiatrique ! Plus tard il y a eu d’autres massacres notamment, à Sabra et Chatila. Pourtant et malgre cette violence de l’état d’Israel, l’OLP,  surtout après qu’en 1967 le Fatah de Yasser Arafat en ait pris la direction, a toujours lutté pour ” une Palestine laique et democratique “. Un slogan qui appelle à la paix et au vivre ensemble de toutes les communaut←s vivant en Palestine historique.

En Algerie aussi, le FLN, on l’a oublie, a dès la proclamation du 1er novembre, tendu la main aux europ←ens vivant en terre algerienne dont beaucoup etaient consides comme  algeriens et qui auraient pu le demeurer si ce n’était l’OAS. Au cours de la révolution algérienne, le mouvement nationaliste indépendantiste a lancé divers appels ciblant  différentes catégories de la population notamment les   juifs.

En Afrique du sud, le mot d’ordre de l’ANC ” one man one vote ” n’exprimait pas autre chose. Il s’agissait de permettre la différenciation politique et partant, d’affaiblir les oppresseurs sur une orientation qui concrétisait les valeurs universelles démocratiques.

Et pour l’avoir fait, l’ANC a gagné. Son combat montre la voie.

La violence des opprimés est légitime. Elle est une réaction  à  la violence des oppresseurs. Cela ne signifie pas que toutes les formes de violence fassent progresser la lutte pour l’égalité, la liberté, et plus généralement pour l’indépendance nationale. Certaines fois elles sont meme contre- productives.

Que penser des détournements d’avions, des prises d’otages, des actions kamikases ou des tirs de roquettes depuis Gaza ?

Dans les années 70, les militants du FPLP ont  procédé à des détournements d’avions de transport de voyageurs. Ils ont eu un écho médiatique considérable. Ces opérations ont sorti la question palestinienne de son horizon naturel pour en faire une question mondiale d’autant que ces opérations étaient conjuguées aux autres formes de lutte en Palestine occupée. Il fallait sortir de l’isolement. Dans le même ordre d’idée, il y a eu la prise d’otages des athlètes et dirigeants israéliens, participant aux Jeux Olympiques de Munich en 1972 qui s’est terminée de manière tragique. Comme toujours, l’opinion mondiale et la rue arabe à qui s’adressaient ces actions se sont divisées, tombant du côté où elles penchaient déjà. Malgré un succès incontestable de communication, les Palestiniens, en mesurant ces cotés négatifs et contre-productifs, ont abandonné ces formes de lutte. Plus récemment, principalement à Gaza, des kamikazes se sont fait exploser, dans des centre-villes israéliens, faisant de nombreux morts parmi des civils. Il y a eu également des attaques au couteau de civils mais aussi de soldats israéliens. Et enfin, les fameux tirs de roquettes sur des quartiers de communes israéliennes.

Toutes ces actions ne sont pas égales entre elles mais expriment toutes, l’impasse dans laquelle se trouve la question palestinienne conduisant à la désespérance des Palestiniens devant l’absence de solutions en raison de la politique du gouvernement israélien et de l’inertie des institutions internationales.

Tout en laissant aux Palestiniens le choix des armes, il n’est pas interdit à ceux qui sont réellement solidaires du peuple palestinien de dire que les actions contre les civils contredisent l’orientation contenue dans le slogan “Pour une Palestine laïque et démocratique”, car on éloigne la population israélienne, la poussant dans les bras des plus extrémistes d’entre eux, opposés à la fraternisation illustrée par de nombreuses manifestations où Palestiniens et Israéliens se mêlent pour réclamer un “État palestinien dans les territoires de 1967”, qu’ainsi est favorisée leur propagande facilitant par ailleurs les actions provocatrices du Mossad dans lesquelles les Palestiniens ne portent aucune responsabilité et qui, pourtant, en seront rendus responsables à l’échelle mondiale par la puissance médiatique de l’État israélien.

Et au lieu que ce soit l’État d’Israël qui soit mis au pied du mur parce qu’il n’applique pas les résolutions de l’ONU, ce sont les Palestiniens auxquels on demandera de garantir la sécurité d’Israël comme s’il était David et la Palestine, Goliath. In fine, on affaiblira ainsi, les mouvements de solidarité à  l’échelle mondiale alors qu’ils n’ont pas besoin seulement “de convaincus” de la cause de la Palestine mais aussi de citoyens du monde qui seront saisis à des degrés divers par l’horreur et l’injustice vécus par l’un des deux seuls peuples au monde à ne pas vivre dans son propre pays et à qui on refuse le droit élémentaire d’exister.

Ray Elsa écrit dans l’OBS, l’hebdomadaire français le 17 mai 1967 : “En Afrique du Sud, le chemin a été long à parcourir pour mettre fin au régime d’apartheid. Quand aujourd’hui, la classe des intellectuels bien pensante dégouline d’admiration pour Nelson Mandela, elle oublie qu’elle était bien silencieuse naguère quand son idole croupissait en prison. Il y est pourtant resté 27 ans, cela laissait le temps de réagir… Et très bizarrement, la même classe bien pensante zappe systématiquement sa formule, pourtant mythique prononcée à la chute de l’Apartheid : “Notre liberté est incomplète sans la liberté du peuple palestinien”.

Au total, la chronique de Kamel Daoud serait sans intérêt si elle n’avait  été écrite par un écrivain de renom participant à la formation de l’opinion et de plus en plus sollicité pour s’exprimer, et si elle n’abordait pas les problèmes liés à une question centrale au Proche et Moyen-Orient “la question palestinienne” qui concerne un peuple tout en entier, fait d’enfants, de femmes et d’hommes, de chair et de sang auquel la vie est refusée, qui survit mais ne vit pas. Une blessure béante en chacun de nous. Une chronique propulsée à l’échelle mondiale non sans raison car à la manœuvre, il y a des forces qui s’inscrivent en négatif avec l’autodétermination des peuples et pour que rien ne change.

La chronique est pessimiste de façon chimiquement pure. Elle reflète l’impuissance de l’intellectuel/ chroniqueur, qui n’a pas su discerner les faits et les événements qui s’inscrivent en contradiction avec son pessimisme, elle recoupe parfaitement l’apparente impasse de la situation régionale et mondiale. crire une chronique est une grande responsabilité vis-à -vis des faits, de ceux qui sont appelés à la lire et partant vis-à-vis de soi-même. Le respect que l’on doit à Kamel Daoud, c’est de le prendre au sérieux et de lui répondre avec la plus grande détermination, ce qui n’exclue pas la passion.

« Entre l’autodétermination et l’injustice », le choix est-il si difficile ?”


*Chadly Boufaroua est journaliste

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