Économie

Week-end semi-universel en Algérie : quel impact économique ?

C’est l’un des aspects de la vie économique algérienne dont on parle rarement ou si peu. Quel bilan peut-on établir et quel est l’impact du week-end semi-universel, vendredi et samedi, adopté par l’Algérie depuis 2009, sur la vie économique du pays ?

Si pour l’heure, aucune donnée officielle n’est disponible, il reste que le choix de passer du week-end du jeudi-vendredi à celui de vendredi-samedi semble avoir été dicté par certains impératifs économiques.

Il visait notamment à atténuer les pertes enregistrées à cause du système du week-end jeudi et vendredi adopté par l’Algérie durant 33 ans, soit de 1976 à 2009.

Mais aussi pour visiblement s’aligner sur les pays musulmans, comme l’Arabie Saoudite, le Qatar, la Syrie, l’Égypte, pour ne citer que quelques-uns.

« Malgré l’absence de données officielles, la Banque mondiale avait estimé à l’époque les pertes annuelles de l’Algérie à cause du système de weekend jeudi et vendredi à 700 millions d’euros par an. Ainsi, sur les 33 ans qu’aura duré le système de weekend “spécifique” à jeudi et vendredi, entre 1976 et 2009, l’Algérie aurait perdu, selon cette estimation, plus de 23 milliards de dollars », explique Ali Harbi, consultant en développement durable et en gouvernance d’entreprise.

Pour l’Algérie, qui a renoncé au week-end universel en 1976 pour d’évidentes considérations idéologiques, en adoptant le jeudi et le vendredi, avant de le réaménager de nouveau, il s’agissait de récupérer une journée « ouvrée », le jeudi, pour répondre à des impératifs économiques, le vendredi étant maintenu pour permettre aux fidèles d’accomplir la grande prière hebdomadaire.

« À partir de 2009, une correction a été menée pour récupérer un jour ouvré de travail, à savoir le jeudi, permettant d’augmenter les échanges commerciaux universels, notamment en matière d’échanges de données bancaires, douanières et liées au transport international. Il s’agissait d’une formule de compromis vers un week-end dit semi-universel. La non-adoption du week-end universel reste due à une recherche de compromis idéologique avec les courants politiques conservateurs pour maintenir le vendredi comme jour de repos », souligne Ali Harbi.

L’aménagement du week-end permettait de récupérer un jour de travail, « donc de fluidifier plus les échanges économiques internationaux et désengorger les ports qui perdaient tous de l’argent à cause de ce jour de travail perdu dans les échanges de données », précise-t-il.

Cependant, cet aménagement, en vigueur dans certains pays notamment musulmans, ne semble pas avoir totalement enrayé les pertes économiques pour l’Algérie.

« Depuis 2009, soutient cet économiste, la réduction de l’écart de jours ouvrables “internationaux” entre l’Algérie et le reste du monde aura permis de minimiser ces pertes sans pour autant les éliminer totalement, car il y aurait toujours l’écart du vendredi », explique-t-il.

Cependant, il faut remarquer que le secteur économique, surtout le privé, importateur ou exportateur, s’est « organisé pour mettre en place des permanences le vendredi matin pour continuer à échanger avec les partenaires internationaux. On ne peut pas aujourd’hui quantifier réellement le volume de manque à gagner en mode vendredi samedi par rapport au week-end universel », développe Ali Harbi.

Week-end semi-universel en Algérie : pesanteurs religieuses

Alors que certains pays musulmans, comme la Tunisie, Les Émirats arabes Unis, le Maroc ou encore le Liban, ont adopté le week-end universel sans songer un jour à le réaménager, l’Algérie quant à elle a décidé, en 1976, d’opérer un premier changement en optant pour le jeudi et le vendredi.

Un changement qui obéissait à l’époque à des considérations essentiellement idéologiques, sans projection sur le coût économique que pouvait induire une telle mesure.

« Il faut rappeler que l’Algérie était sur le weekend universel jusqu’à 1976, date à laquelle nous avons basculé vers le jeudi-vendredi, dans le cadre d’une approche politique et idéologique d’affirmation identitaire dans un référentiel arabo-islamique. Le pouvoir de l’époque, marqué comme socialiste, se devait de donner des gages au conservatisme montant, à l’influence croissante des Frères musulmans importés du Moyen-Orient en concomitance avec l’arabisation et le discours pan arabique décliné du Nassérisme post guerres de 67 et 73 », rappelle Ali Harbi.

Et à cette date, aucune analyse d’impact économique de changement de week-end n’a été menée. « Il faut rappeler qu’à cette époque, d’autres pays arabes et musulmans avaient maintenu le weekend universel, tout en aménageant les horaires de travail pour faciliter la grande prière du vendredi ».

Aujourd’hui, la question est de savoir si l’Algérie gagnerait à réaménager de nouveau son week-end pour se mettre au diapason de l’économie mondiale.

Pour Ali Harbi, la révolution numérique et l’automatisation des processus d’échanges internationaux offrent aujourd’hui une liberté de choix des jours de repos pour chaque société, quelles que soient les différences d’organisation du week-end.

« Depuis une dizaine d’années, la donne a complètement changé grâce à la révolution du numérique et l’automatisation des services », explique-t-il.

Dans le monde, la plupart des services publics sont numérisés et automatisés. Ils fonctionnent 7j/7 et 24 heures sur 24 heures.

« Dans les cas où la décision humaine est nécessaire, des permanences sont organisées les week-ends et jours fériés. Il y a une véritable continuité de service qui se met en place. Ce processus doit aussi se mettre en place de notre côté et de ce fait, les activités économiques et les services publics y afférant seront assurés 7j/7 et 24 heures sur 24 heures. De plus, et de manière corrélée, il y a une tendance à passer au weekend à 3 jours, donc la semaine de travail de 4 jours, car de plus en plus d’activités sont numérisées, et de nouveaux secteurs d’activités de loisirs constituent des relais de croissance. Le débat sur le weekend ou sur les heures de travail devient totalement archaïque », conclut-il.

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