Société

Benbouzid : « Je ne veux pas qu’un malade soit renvoyé d’un hôpital »

Le ministre de la Santé, le Pr Abderrahmane Benbouzid, a lancé lundi 20 décembre, un véritable pavé dans la mare. Il a révélé qu’au plus fort de la 3e vague du covid qui a frappé l’Algérie l’été dernier, des responsables d’établissements de santé n’ont pas dit la vérité sur la disponibilité des lits.

Selon lui, ils ont prétendu qu’ils n’avaient pas de places disponibles pour accueillir des malades covid-19 alors qu’une enquête diligentée par le ministère de la Santé a prouvé le contraire.*

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L’enquête réalisée dans un établissement public, en pleine crise de la 3e vague, a conclu que le taux d’occupation le jour de l’inspection était de 26 %  par rapport à ses capacités. Un constat navrant contre lequel le ministre de la Santé s’est élevé, avertissant que ce scénario ne doit pas se reproduire à l’avenir. D’autant que l’Algérie fait face à une 4e vague.

« Je le dis et je le répète. Je ne veux pas qu’un malade soit renvoyé d’un hôpital », a lancé le Pr Benbouzid devant des directeurs de la santé et des chefs d’établissements de santé, qu’il a réunis lundi en visioconférence, pour la deuxième fois en une semaine.

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Ces derniers ont été sommés de prendre leur entière responsabilité quand il s’agit d’orienter et de transporter le malade vers des établissements qui disposent de lits, s’il venait à en manquer dans leurs établissements.

« Aucun algérien ne nous le pardonnera », a ajouté le Pr Benbouzid. « Nous sommes au service de nos concitoyens à qui nous devons assurer la protection sanitaire. Nous avons les hôpitaux, l’encadrement, les lits qu’il faut et la volonté de faire », a-t-il argué. Le ministre de la Santé a exigé de chaque direction de wilaya de la santé d’assurer une permanence « 24 h / 24  avec des numéros d’appels ».

 « Explorer au-delà du Covid »

Le constat du ministre de la Santé est partagé par le Dr Lyes Merabet, président du Syndicat national des praticiens de santé publique (SNPSP). Il explique à TSA qu’au-delà des révélations déjà faites lors de l’audience que Abderrahmane Benbouzid a accordée aux trois partenaires sociaux (le SNPSP, Snechu (hospitalo-universitaires), et le SAP (paramédicaux)), le plus important c’est de sévir.

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« C’est bien de l’entendre dire qu’il a diligenté une enquête. J’espère qu’il y aura des suites, que les concernés soient sévèrement sanctionnés parce que c’est grave », réclame le Dr Lyes Merabet.

Le président du SNPSP ne lésine pas sur les qualificatifs contre « certains chefs de services (qui) se comportent comme de vrais nababs ».

« Leur service est une chasse gardée, c’est une propriété privée. On s’organise comme on veut, on n’opère ou on n’opère pas. On reporte. On fait ce qu’on veut », a-t-il lancé, ajoutant que certains chefs de services feraient même de la « résistance ».

Le Dr Merabet tient cependant à préciser que ce problème ne concerne pas uniquement la pandémie du Covid. « On est dans la propriété privée tout en étant dans le service public », schématise le praticien de santé publique.

« La partie immergée de l’iceberg, et c’est le plus important pour moi, ce sont toutes les autres activités qui n’ont pas été assurées dans le public mais qui ont continué à l’être dans le secteur privé avec les moyens du public », a pointé le président du SNPSP.

Selon le Dr Merabet, les relations confraternelles « ne doivent pas transcender le principe de l’éthique, de la déontologie et de la légalité », appelant à explorer « au-delà de la Covid » cette question de disponibilité des lits.

« La responsabilité n’est pas uniquement au niveau du chef de service, c’est tout un réseau qu’il faudrait démanteler », recommande ce praticien qui appelle à des actions et ne pas se cantonner aux constats récurrents.

« Il faut ramener des solutions et que chacun assume ses responsabilités », assène le Dr Merabet qui précise néanmoins que certaines situations peuvent « limiter » le champ d’actions des responsables.

« C’est discutable, il n’y a aucun souci. Mais faire dans le mensonge et transmettre des rapports sur de supposées saturations en matière de lits d’hospitalisation, alors qu’on est à peine à 20 ou 30 % de ses capacités, je pense que c’est très grave », estime Lyes Merabet.

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