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Coup d’arrêt à la banalisation du racisme en France ?

Le Rassemblement national (RN), ex-Front national, principal parti d’extrême-droite en France, fondé par Jean-Marie Le Pen, a-t-il montré son vrai visage ?

Depuis jeudi, cette question est au cœur des débats en France, et les avis penchent plutôt vers l’affirmative.

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En plein débat à l’Assemblée nationale française sur un bateau de migrants qui peinent à trouver un port d’accueil en Méditerranée, un scandale aux relents racistes a éclaté.

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Alors que Carlos Martens Bilongo, député noir de la France insoumise, le parti de Jean-Luc Mélenchon, évoquait le problème du bateau SOS Méditerranée, son collègue du Rassemblement national, Grégoire de Fournas, a lâché une phrase assassine : « Qu’il retourne en Afrique ».

Ces propos ont été qualifiés presque unanimement de racistes. Ils ont provoqué la suspension de la séance de l’Assemblée nationale, suscité un tollé et une vive polémique qui risque de casser définitivement le mythe de la dédiabolisation de l’extrême-droite et mettre fin à la banalisation du racisme en France.

Le député de la FI a rappelé qu’il est né en France : « Aujourd’hui, on m’a renvoyé à ma couleur de peau. Je suis né en France, je suis député français, et je ne pensais pas qu’à l’Assemblée nationale, j’allais me faire insulter. On m’a insulté, moi et toutes les personnes en France qui ont cette couleur de peau”.

Grégoire Fournas a tenté de se défendre en affirmant qu’il visait les migrants africains, et qu’il a dit « qu’ils retournent en Afrique » et non « qu’il retourne en France ». Son parti, qui l’a soutenu, a dénoncé une « manipulation ».

« Aujourd’hui, on m’a renvoyé à ma couleur de peau”

Mais sans convaincre, surtout que sur les réseaux sociaux et les médias, des tweets gênants de Grégoire Fournas ont été déterrés après avoir été supprimés, fragilisant la défense du député et du Rassemblement national.

Banalisation du discours raciste

Les propos racistes tenus à l’encontre du député noir de la FI ont agi comme un réveil dans un pays qui fait face à la montée en puissance de l’extrême droite et dont les propos anti-étrangers ne choquaient presque plus personne.

Lors de la présidentielle d’avril dernier, Marine Le Pen a affronté le président Emmanuel Macron au second tour et avait franchi la barre symbolique des 40% des voix exprimées, une première en France.

Lors des législatives de juin dernier, l’extrême-droite a fait une percée historique, avec 89 députés pour le seul parti de Marine Le Pen.

Du moins, la France s’est petit à petit accommodée avec des discours qui stigmatisent les immigrés, les musulmans et les étrangers d’une façon générale.

Comme le montre les par l’ex-polémiste Eric Zemmour, condamné plusieurs fois à la haine raciale, ce qui ne l’a pas empêché de se porter candidat à la présidentielle d’avril dernier, de créer un parti politique et de poursuivre ses attaques contre tout ce qu’il considère comme ne faisant pas partie de sa France à lui, blanche et chrétienne.

Ce même Zemmour qui s’est saisi récemment d’un fait divers sordide qui est l’assassinat abjecte de la petite Lola par une Algérienne en situation irrégulière en France, pour s’attaquer aux immigrés, tout en dénonçant un « francocide », une formule qu’il a utilisée pour parler de l’assassinat de l’enseignant Samuel Paty.

Le chef de Reconquête est allé jusqu’à dire que si ce meurtre avait été commis par un Français, il n’aurait pas réagi de la même façon. Pour lui, “un crime commis par un étranger sur un Français”, n’est pas de la “même eau” qu’un crime “commis par les Français”.

Il y a un plus d’une année, en septembre 2021, le magazine ultraconservateur Valeurs actuelles a été condamné par la justice pour injure à caractère raciale. En août 2020, il avait dépeint en esclave la députée à la peau noire de la France insoumise Danièle Obono, ce qui a provoqué un tollé.

Si le Rassemblement national a profité de la montée en puissance de la popularité d’Eric Zemmour pendant la présidentielle, il a vite été rattrapé par la réalité, pour dévoiler son véritable visage que l’extrémisme du leader de Reconquête ne couvre plus.

L’extrême-droite, dont le RN est le porte flambeau, a fait des immigrés notamment d’origine maghrébine la principale source des crises qui agitent la France ces dernières années.

Maintenant que les propos racistes atteignent même un député et à l’intérieur du siège de l’Assemblée nationale, un nouveau pas dangereux a été franchi sur la voix de la banalisation du discours xénophobe en France.

Ce scandale peut-il constituer un coup d’arrêt à la banalisation du discours raciste et à la dédiabolisation de l’extrême-droite en France ?

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