Société

Covid-19 en Algérie : la décrue de l’épidémie a-t-elle commencé ?

Le Pr Rachid Belhadj directeur des activités médicales et paramédicales au CHU Mustapha parle de la décrue du covid-19 en Algérie, de la crise de l’oxygène qui continue d’affecter les hôpitaux. Entretien.

Si on regarde les chiffres officiels, on constate une baisse des différents indicateurs du covid-19 en Algérie, avec 603 nouveaux recensés ces dernières 24 heures, selon le bilan publié ce dimanche par le ministère de la Santé.

Des professionnels de la santé affirment qu’il y a moins de pression sur les hôpitaux. Avez-vous constaté cela au niveau de votre hôpital ? La décrue de l’épidémie a-t-elle commencé ?

Au CHU de Mustapha, l’ensemble des indicateurs, c’est-à-dire, le nombre de consultants, la demande pour des hospitalisations, le nombre de contaminations au sein de notre personnel, mais aussi le nombre de décès, ont chuté de plus de 50%.

Ce qui est un bon indicateur. Mais, il y a toujours une forte demande, dans certains cas graves, qui nécessitent tout de même des réanimations intensives.

Nous affichons presque toujours complet. Mais pour les autres paramètres, il y a une nette diminution du nombre de décès, de presque 80%, moins de consultants également, et moins de contaminations au sein de notre personnel.

Qu’en est-il du problème de l’oxygène qui s’est posé en pleine flambée du covid-19 qui affecte cet été l’Algérie ?

Malheureusement, on reçoit de l’oxygène mais en quantité insuffisante, et d’une manière dystocique, c’est-à-dire au forceps. Nous en recevons, mais cela impacte beaucoup plus le reste des activités chirurgicales.

Vu la quantité d’oxygène qu’on nous ramène, nous sommes limités dans nos activités chirurgicales. Le conseil scientifique a pris la décision de limiter les hospitalisations, en raison de la quantité d’aides distribuées au CHU Mustapha.

Nous sommes dans la solidarité, ce qui est tout à fait normal. Il faut que tous les hôpitaux, qui nécessitent de l’oxygène, fassent un partage. Mais la pression sur l’oxygène est toujours là.

Le problème de l’oxygène persiste-t-il malgré les mesures prises par le président de la République pour le résoudre ? 

Sur le terrain, malheureusement, nous recevons moins de quantités d’oxygène. Au départ, nous étions alimentés jusqu’à 10.000 litres par jour. Actuellement, nous sommes aux alentours  de 6.000 litres. Et cela impacte nos activités chirurgicales.

Est-ce que cela est dû à un problème de gestion ?

C’est une formule mathématique simple. Il y a une forte demande sur l’ensemble des infrastructures hospitalières qui prennent en charge les malades covid.

On parle d’arrivée d’oxygène par bateaux.

A ma connaissance, maintenant les producteurs nationaux d’oxygène sont également en train de faire des efforts colossaux. Mais malheureusement, la crise de l’oxygène est toujours là.

Il y a de plus en plus de soignants qui succombent au covid en Algérie. Pourquoi ?

La caractéristique de cette 3e vague est qu’elle touche des personnes surtout avec des formes graves.

La plupart des malades sont ceux qui ont été atteints par la covid et qui étaient hospitalisés chez eux, avec des respirateurs, des extracteurs d’air.

Mais parfois, s’il n’y a pas de surveillance médicale spécialisée, alors ils arrivent chez nous dans des états critiques. Ce qui explique souvent les décès. Et nous enregistrons, hélas, dans le personnel médical ou paramédical, des cas de décès.

Nous avons enregistré hier le décès de deux résidentes du covid-19. Le syndicat des praticiens de santé publique (SNPSP) appelle les autorités à isoler ce personnel, à savoir les femmes enceintes. Quel est votre avis ?

Lors de la première vague du covid-19, une circulaire ministérielle a été signée. Elle stipulait que la femme enceinte à partir de  31 semaines ouvrait  droit à un arrêt de travail pour ne pas l’exposer aux risques liés au covid-19.

A moins de 30 semaines, elle est également  dispensée des activités covid. Mais le problème est que cette 3e vague touche la femme enceinte et parfois ce sont des cas compliqués et mortels. Il en est de même, pour ceux qui ont des maladies chroniques qui sont malheureusement plus exposés au variant Delta.

Il faut donc revenir à cette circulaire ?

Bien sûr. Il faut revenir à cette circulaire pour protéger la femme enceinte et la femme qui travaille en milieu professionnel en général. Mais ce que nous avons noté, c’est qu’il y a moins de contaminations parmi les soignants.

Peut-on dire que nous sommes donc arrivés à un plateau en termes de nombre de contaminations ?

Je ne peux pas me prononcer à ce sujet. Je peux vous donner les chiffres du CHU Mustapha. Je peux vous dire que nous ne sommes pas sur un plateau. La courbe est descendante. Il y a moins de pression, mais il faut faire attention.

Même s’il y a un seul cas covid, nous devons toujours rester vigilants, respecter les mesures barrières et se faire vacciner.

Il faut rester vigilant et se préparer à une éventuelle nouvelle vague ?

Bien sûr, nous avons l’obligation morale de nous préparer. J’espère que nous n’allons pas vivre une 4e vague. On doit être prêts à faire face à une pénurie d’oxygène.

L’avenir, c’est les thérapeutiques ciblées. Ce que nous appelons des anticorps anti-covid, surtout que certains pays commencent à les utiliser.

 

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