Économie

Huile de table : pénuries malgré la saturation du marché algérien

Face à la demande en huile de table, les entreprises algériennes rassurent. À Oum El Bouaghi, le directeur de Prolipos confie à l’ENTV que son entreprise produit « actuellement 300 tonnes par jour ».

Nous prévoyons de passer à 450 tonnes par jour. Nous travaillons 24 h sur 24“, a-t-il dit. À Tipaza, un investisseur indique avoir reçu les dernières autorisations pour lancer son usine : “Une première chaîne va produire 150 tonnes par jour et une deuxième suivra“. Cette multiplication des opérateurs n’est pas sans rappeler celle des minoteries qui avait abouti à des surcapacités.

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Une consommation toujours plus grande

Devant un camion semi-remorque dans lequel les chariots élévateurs déposent des palettes chargées de bidons d’huile, Abdelhakim Ghareb, grossiste à Aïn M’lila témoigne : “Depuis dix ans nous n’avons pas à nous plaindre. Localement, il y a plusieurs marques et les usines nous livrent chaque jour. Mais cela ne suffit pas“.

Selon le premier ministre Aïmene Benabderrahmane, la consommation de l’huile de table avoisine les 1600 tonnes par jour alors que la capacité nationale est de 2.000 tonnes par jour.

Près de la caisse d’un supermarché, une consommatrice indique que chez elle, le bidon de 5 litres est presque vide : “Tout le temps on entend dire qu’il ne va plus y avoir d’huile. Aussi on a peur des pénuries et on stocke“.

Devant les rayons, un employé s’emploie à garnir les étagères qui se vident à vue d’œil. Un responsable de rayon explique : “l’employé a à peine le temps de garnir les étagères, mais à peine a-t-il le dos tourné que les étagères sont à nouveau vides“. Pour lui, l’explication réside dans les quantités achetées : “Les clients nous disent, c’est pour moi, mon frère, mon voisin, mon neveu“.

Des enquêtes sur les modes de consommation alimentaire en Algérie indiquent la forte proportion de fritures, dont “l’omelette-frites” notamment au niveau des fast-foods. Une méthode de cuisson très grasse selon les nutritionnistes : “Après un rapide bain dans l’huile de friture, la teneur en gras d’une pomme de terre passe de 0,1 g à 12 g“.

Matière première importée et mécanismes de compensation

Les industriels des huiles et corps gras importent des graines de soja ou de colza pour les triturer ou ils importent des huiles brutes qu’ils raffinent.

Les cours mondiaux du colza et du soja n’ont cessé de progresser, respectivement de 770 et 733 euros la tonne au 31 décembre 2021. Mais les consommateurs bénéficient de prix fixes : 650 DA pour le bidon de 5 litres et 125 DA pour la bouteille d’un litre d’huile de soja, la plus consommée en Algérie. Actuellement, son prix réel, sans subvention, avoisine les 300 dinars.

De leur côté, les industriels reçoivent de la part des pouvoirs publics des compensations financières qui permettent d’assurer un soutien des prix à la consommation.

Depuis 2020 les services agricoles encouragent la production locale de colza. La première année, l’objectif était de semer 3 000 hectares, c’est dire combien la production reste limitée : “À peine de quoi alimenter deux jours notre usine“, déclare un technicien.

Selon les zones, différents types d’oléagineux pourraient être cultivés : colza, tournesol ou carthame. Ils ont été accusés à tort de concurrencer les céréales. Sur les réseaux sociaux un technicien parle de fermes pilotes à qui “on aurait imposé la culture du colza“. Mais la présence des oléagineux est bénéfique, ils permettent l’alternance des cultures et donc la lutte contre les mauvaises herbes ainsi que les ravageurs inféodés au blé et à l’orge.

De nouvelles usines de corps gras

La production de l’huile en Algérie est partagée entre le groupe Cevital, le plus grand producteur national, et des unités de Cogral (ex-ENCG), Afia, Safia, Zinhor (Oum El-Bouaghi), Prolipos (Aïn M’lila).

Dans la wilaya de Tipaza, une équipe de l’ENTV s’est rendue dans la zone industrielle d’Attatba, pour rencontrer un investisseur qui vient d’obtenir l’autorisation de lancer son usine de production de l’huile table après sept années d’attente. “Nous pouvons couvrir 25 % du marché local. L’usine comprend même une souffleuse pour la production de bouteilles en plastique. À terme, nous devrions recruter 250 employés », a-t-il dit.

En octobre dernier, le ministre de l’Industrie, Ahmed Zeghdar a annoncé que l’usine des frères Kouninef située à Taher (Jijel) était devenue propriété de l’État. L’usine est spécialisée dans la trituration de graines oléagineuses et devrait rapidement entrer en production.

On peut se demander si cette mise en service de plusieurs unités de production de corps gras ne va pas, à terme, provoquer des surcapacités telles qu’en a connu le secteur de la meunerie. L’inflation du nombre de minoteries avait obligé les pouvoirs publics à suspendre les quotas de blé importé attribués aux unités les plus récentes. D’autant que comme le blé, le soja bénéficie de la subvention de l’État qui a dépensé la somme colossale de 40 milliards de dinars (287 millions de dollars) pour maintenir les prix administrés de l’huile de table en 2021.

Si dans le cas de la production de lait et de tomate industrielle, les transformateurs sont associés à l’encadrement technique des producteurs, actuellement ce n’est guère le cas dans des oléagineux. Or, pour de nombreux observateurs, une telle politique de contractualisation est un gage de succès.

La volonté d’aller vers plus de substitution aux importations voit se développer de nouvelles filières. C’est le cas de la filière des oléagineux. Un des modes de financement du progrès technique au niveau de ces filières pourrait être le prélèvement sur chaque quintal de graines produites et triturées d’une “contribution volontaire obligatoire” comme il en existe à l’étranger.

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