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L’Algérie face à la menace du projet européen de « sortir du gaz naturel »

L’Algérie face à la menace du projet européen de « sortir du gaz naturel »

L’Europe veut sortir du gaz naturel, ce qui représente une menace pour l’Algérie qui tire une partie de ses recettes en devises de l’exportation de cette énergie vers le Vieux continent.

Le marché mondial du gaz connaît de profonds chamboulements en raison des conflits en cours dans le monde et s’apprête à en connaître d’autres, principalement à cause des transitions énergétiques à venir.

Le plus grand défi pour cette énergie sera la concrétisation du projet européen de « sortir du gaz naturel ».

L’Algérie est doublement concernée par les retombées d’une telle éventualité : son économie repose en partie sur les exportations de gaz et ses principaux marchés se trouvent en Europe justement.

Sadek Boussena, ancien ministre algérien de l’Énergie (1989-1991) et ancien PDG de Sonatrach, a soulevé cette problématique et a tenté d’y répondre au cours d’une conférence organisée le 2 décembre par le Club Energy d’Alger.

Selon l’expert, la question devrait être discutée à la COP 28 qui se tient à Dubaï, sous la pression de l’AIE (Agence internationale de l’énergie), des Européens et de certaines ONG.

Face à l’urgence climatique, l’AIE, qui prônait, jusqu’à il y a quelques années, « l’ère du gaz naturel », a complètement changé de position et considère dorénavant que l’utilisation de cette énergie doit cesser « très rapidement » pour réaliser les objectifs de neutralité carbone d’ici à 2050.

Dans ses prévisions, elle s’attend à une très forte chute de la consommation de gaz de 4.000 Gm3 aujourd’hui à 920 Gm3 en 2050.

L’Europe, elle, envisage la réduction de sa consommation de 70 % à la même échéance.

Sadek Boussena s’interroge toutefois si l’Europe peut se passer du gaz alors que les États-Unis et la Chine « ne sont pas sur le même tempo » et que, dans les pays émergents, rien n’indique qu’ils comptent exclure le gaz naturel de leur transition écologique.

Même si la « capacité de résilience » est plus fragile que celle du pétrole, l’expert algérien estime toutefois que « bannir le gaz dans des délais aussi rapprochés, est loin d’être évident ».

La problématique est, en effet, bien plus compliquée qu’elle n’y paraît. La pratique a montré que les différentes énergies ne sont pas substituées les unes aux autres, mais se sont « plutôt accumulées au fil du temps », a dit Sadek Boussena qui a donné un exemple : « On consomme aujourd’hui plus de bois et de charbon que jamais auparavant ».

Il y a ensuite le fait que la disponibilité des énergies de substitution n’est pas garantie et surtout la problématique du financement des ENR et celle des prix du gaz en cas de réduction de son utilisation.

Boussena cite les prévisions de l’AIE, selon lesquelles si la demande de gaz baisse au rythme souhaité, les prix chuteraient à des niveaux qui signifieraient la fin des GNL américains (ce que les États-Unis n’accepteront pas), et à ces niveaux de prix, « la demande sera relancée à nouveau ».

L’autre avis qui compte, c’est celui des pays émergents qui disent qu’ils ont toujours besoin des énergies fossiles et contestent déjà ce calendrier, car « leur développement passe encore par les hydrocarbures », voire pour certains par le charbon.

Pour exporter plus de gaz : ce que devra faire l’Algérie

Ce qui amène l’ancien ministre algérien de l’Énergie à s’interroger : « Quel intérêt d’appeler à l’arrêt immédiat des investissements pétroliers et gaziers sachant que c’est irréaliste à court terme ? ».

À moins que ce soit à titre pédagogique, afin d’alerter les opinions publiques et les États sur l’urgence de la lutte contre les émissions de CO2.

S’agissant de l’Algérie, Sadek Boussena estime que les dispositions à prendre pour un futur proche vont impliquer « aussi bien ses exportations que sa consommation nationale » et « sa marge de manœuvre sera forcément contrainte, car il faut s’attendre à des pressions croissantes de la part de certains de ses partenaires », « ce qui pourrait gêner ses projets gaziers ».

L’Algérie peut-elle cependant, dans les futures conditions du marché mondial, exporter plus de gaz ? L’ancien ministre de l’Énergie répond en égrenant les multiples atouts du pays.

Réserves conventionnelles possibles estimées à 4.700 Gm3, plus que la Norvège, le premier fournisseur de l’Union européenne, premier producteur et exportateur en Afrique et sixième dans le monde (102,8 Gm3/an et des exportations de 54 Gm3 /an, dont 80 % destinées à l’Europe).

L’Algérie dispose aussi d’une infrastructure variée avec des gazoducs vers l’Europe d’une capacité de 52 Gm3 et une capacité de GNL (29 Gm3).

Les capacités potentielles d’exportation sont d’environ 80 Gm3, soit près de 30 milliards de mètres cubes de plus que le volume actuel des exportations.

Cela, sans compter le gazoduc via la Sardaigne (Galsi) qui pourrait être repris si la production arrive à s’envoler. L’autre atout de l’Algérie, selon son ancien ministre de l’Énergie, c’est sa proximité de ses marchés et ses coûts de production « très concurrentiels ».

Elle pourrait aussi « mieux valoriser » ses capacités de liquéfaction, réduire le torchage et récupérer d’importants volumes de gaz, « freiner la croissance de la consommation intérieure en appliquant une tarification plus adaptée aux économies d’énergie », substituer au gaz consommé en interne l’énergie solaire, voire du nucléaire, et développer la pétrochimie.

Néanmoins, l’action la plus importante pour augmenter les volumes exportés reste le développement de nouvelles zones de production, y compris de gaz de schiste.

« Jusqu’à preuve du contraire, le développement des gaz de schiste semble demeurer l’un des vecteurs basiques » de la stratégie gazière de Sonatrach, selon Sadek Boussena, qui appelle toutefois à la prudence.

« Il faut s’assurer qu’un développement en grand (au-delà de quelques projets) soit compatible avec les perspectives mondiales d’offre, de demande, de lutte contre les émissions de CO2, d’environnement local et surtout du prix du gaz naturel sur le marché mondial », conseille l’ancien ministre de l’Énergie.

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