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« Le Hamas veut détruire Israël » : un autre grand mensonge israélien

Depuis le début de la guerre à Gaza, un grand mensonge est répété comme une vérité par les pro-Israéliens : le Hamas ne veut pas d’une solution à deux Etats, et contrairement à l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) et l’Autorité palestinienne, le mouvement issu des Frères musulmans a comme objectif ultime la destruction d’Israël.

En évoquant ce qui paraît comme une lapalissade sur la chaîne qatarie Al Jazeera, le lobbyiste américain Richard Goodstein ne s’attendait pas à se retrouver dans une situation très embarrassante.

L’un des éléments les plus récurrents de la propagande pro-israélienne est la présentation du Hamas comme un mouvement radical qui veut non seulement la destruction d’Israël mais aussi chasser tous les juifs de la Palestine historique.

De telles allégations ont un double objectif : justifier l’agression sur la bande de Gaza et éviter la remise sur le tapis de la solution à deux États que le gouvernement extrémiste de Benyamin Netanyahou fait tout pour rendre impossible.

L’amalgame fait entre la nature islamiste du mouvement qui mène la résistance palestinienne et ses prises de position anciennes vise à diaboliser le Hamas et accréditer la thèse du « droit d’Israël à se défendre ».

Sur Al Jazeera, Richard Goodstein, un analyste qui a conseillé de nombreuses compagnies dans différents secteurs industriels, a rappelé ce grand mensonge qui veut que le Hamas cherche à « détruire Israël ».

Il a été recadré par le journaliste Ahmed Taha par une question qui l’a complètement pris de court :  « Pouvez-vous indiquer l’occasion à laquelle le Hamas a déclaré que son objectif était de détruire Israël ? »

L’analyste américain n’a pas de réponse et est très gêné. « Deux fois, le Hamas a publié deux communiqués dans lesquels il affirme vouloir détruire Israël et tuer tous les juifs », tente-t-il de répondre.

Mais le journaliste ne le lâche pas et lui demande d’être plus précis et d’indiquer la date de ces deux communiqués « afin de les retrouver et les publier ».

Le défenseur d’Israël répond encore une fois par une généralité : « Vas sur Google et regarde quel est le programme du Hamas », dit-il.

Ahmed Taha sort alors l’arme lourde et met l’analyste américain face à son ignorance : « Je suis allé sur Google et j’ai trouvé un document du Hamas datant de 2017 dans lequel le mouvement annonce son acceptation de la solution à deux Etats, un palestinien et un autre israélien. Avez-vous suivi la conférence de presse ou lu le communiqué ? »

Le Hamas a officiellement renoncé à « la destruction d’Israël » en 2017

Goodstein n’a plus le choix que de persister dans le déni répondant qu’il a lu le communiqué et qu’il y est écrit « noir sur blanc » que le projet du Hamas est de détruire Israël. Tenace, le journaliste lui indique qu’il a entre les mains le communiqué et que ce qu’il contient est tout le contraire de ce qu’il affirme.

@aljazeera_mubasher أين الوثيقة”.. تحدٍ بين مذيع الجزيرة مباشر ومبعوث أمريكي سابق حول بيان لحـ ـمـ ـاس “يرفض حل الدولتين #الجزيرة_مباشر ♬ original sound – الجزيرة مباشر

L’analyste répond qu’il n’est pas en position d’effectuer une recherche mais le journaliste d’Al Jazeera l’enfonce en lui rappelant que, en principe, en sa qualité de quelqu’un qui a travaillé sur le dossier, il n’a pas besoin de recherche. Confus, il répond que ce qu’on peut trouver sur Google aux États-Unis est « peut-être différent ».

Ahmed Taha le pousse dans son dernier retranchement en lui accordant « cinq ou dix minutes » pour rechercher le fameux document et le montrer. Mais Goodstein refuse et répond que ce sera pour une prochaine fois. « Le feriez-vous demain ? », interroge le journaliste. Goodstein ne promet rien.

Cet échange illustre comment certaines contre-vérités sur le conflit au Moyen-Orient passent pour des vérités à force d’être ressassées, à dessein ou par ignorance. On dit qu’un mensonge répété mille devient vérité, et c’est ce que fait Israël et ses défenseurs sur la question palestinienne et le Hamas.

Tous ceux qui suivent le dossier savent en effet que le Hamas a effectué un virage important à l’issue de son congrès de 2017 où il s’est dit disposé à accepter la création d’un État palestinien dans les frontières de 1967.

Le document est connu comme la charte du Hamas. Il a été lu par son leader Khaled Mechaal le 1er mai 2017 à Doha (Qatar). Le document spécifie aussi que le mouvement ne combat pas le peuple juif mais uniquement le sionisme.

« Le Hamas considère la création d’un État palestinien entièrement souverain et indépendant, avec Jérusalem comme capitale, selon les limites du 4 juin 1967, avec le retour des réfugiés et des déplacés vers les maisons d’où ils ont été expulsés, comme une formule de consensus national », y est-il écrit.

En 2008, l’autre chef du mouvement, Ismaël Hania, avait déjà déclaré que le Hamas pourrait accepter un État palestinien dans les frontières de 1967 et proposer une trêve de long terme avec Israël.

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