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Maurice Audin, une figure « consensuelle » pour entamer le travail de repentance

Maurice Audin, une figure « consensuelle » pour entamer le travail de repentance

À quoi obéit la décision d’Emmanuel Macron de reconnaître officiellement la responsabilité de la France dans la mort de Maurice Audin ? Doit-on la lier à des considérations de politique interne, précisément aux soucis de popularité actuels du président français ? L’interpréter comme une étape indispensable dans son entreprise de « dépoussiérer » les relations avec un partenaire au fort potentiel économique ?Ou simplement y voir l’expression d’une autre vision de la nouvelle classe politique française débarrassée du poids du passé et de ses prismes déformants ?

À voir les précautions qui ont accompagné l’annonce, la symbolique qui l’entoure et toute la subtilité mise par le staff présidentiel dans sa communication, il ressort au moins que toute décision en lien avec le passé colonial de la France demeure toujours pas simple à prendre et, surtout, n’est pas sans risques autant politiques sur la scène interne pour son initiateur que diplomatiques et économiques pour l’évolution des relations du pays avec ses anciennes colonies.

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Notons que dix mois se sont écoulés depuis la visite de Macron à Alger au cours de laquelle il avait promis d’aller de l’avant dans le dossier de la mémoire. Aller de l’avant implique des gestes forts et il a fallu près d’une année au chef de l’État Français pour en faire un.

Le premier souci est sans doute de ne pas brusquer. Pas seulement les cercles nostalgiques de l’Algérie française, les communautés harkie et pied-noir ou l’extrême droite identitaire, mais l’ensemble de la société française chez laquelle, quoi que l’on dise, le souvenir de la guerre d’Algérie demeure vif et déchaîne toujours les passions, par la faute sans doute d’une classe politique qui n’a pas fait assez pour dépassionner la question. Faut-il rappeler que la loi du 23 février 2005 glorifiant le colonialisme est toujours en vigueur ?

Entreprendre quoi que ce soit dans ce registre équivaut à briser un tabou avec les risques de résistance qu’une telle démarche suppose. Macron et son staff en étaient sans doute conscients et se devaient de procéder avec beaucoup de subtilité.

Quoi de mieux qu’un Français de souche qui s’est battu pour l’indépendance de l’Algérie pour servir de figure « consensuelle » ? Le choix de Maurice Audin pour entamer concrètement le travail de repentance n’est pas fortuit, en ce sens qu’il s’agit d’une victime autant française qu’algérienne de la guerre.

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Héros en Algérie et pas forcément un traître pour les Français. Qui, hormis quelques groupuscules extrémistes, peut contester une décision rendant justice à un jeune père de famille de 25 ans, intellectuel de surcroît, mort sous la torture de militaires ? Ou encore ne pas s’émouvoir devant l’image d’un jeune président qui met fin au calvaire d’une femme au crépuscule de sa vie en lui disant enfin la vérité sur le sort de son mari, un moment qu’elle attendait depuis 60 ans ?

La subtilité du chef de l’État français ne s’arrête pas là. Il a soigneusement évité de faire coïncider son annonce avec une date clé de la guerre d’Algérie, préférant la faire à la veille de la fête de l’Humanité, un événement organisé annuellement par le courant communiste français, auquel appartenait justement Maurice Audin.

Des réactions suscitées jusque-là en France, se dégage presque une unanimité. La gauche applaudit, les communistes jubilent, la droite traditionnelle ne crie pas à la trahison et même l’extrême-droite n’a pas eu la réaction farouche à laquelle on pouvait légitimement s’attendre. En tout cas, la levée de boucliers n’a pas eu lieu. « Trop loin » pour les uns ou « pas assez » pour autres, le dilemme ne s’est pas posé.

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En Algérie, la décision est carrément perçue comme une victoire, surtout que Macron n’a pas fait que rendre justice à Maurice Audin, mais à tous les nationalistes dont la mort a « été rendue possible » par l’instauration d’un « système entraînant des actes de torture ». De plus, il a promis d’ouvrir « en partie » les archives de la guerre, notamment celles liées à la question des disparus.

Certes, ce ne sont pas les excuses officielles réclamées avec force par la partie algérienne depuis des années, mais Emmanuel Macron est désormais passé aux actes et sa démarche ne saurait par conséquent être réduite à une manœuvre politicienne ou à de la poudre aux yeux.

En attendant bien sûr d’autres gestes concrets et surtout des retombées réelles de ce nouveau discours sur les relations algéro-françaises, les échanges économiques, l’investissement, la circulation des personnes…

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