Consommation

Rareté et cherté des voitures : la mobilité et la sécurité des Algériens en jeu

Le feuilleton de l’importation des véhicules neufs n’est pas près de connaitre son épilogue. Le gouvernement avait pourtant tranché la question en juin 2020 en décidant d’autoriser à nouveau l’importation, suspendue en 2018. Mais les autorités tergiversent toujours à franchir le pas. Des agréments sont octroyés à des concessionnaires intéressés, puis annulés sans explication.

Le souci du gouvernement c’est de préserver les réserves de change et ça se comprend dans une conjoncture économique difficile. La tergiversation peut être aussi due aux appréhensions que nourriraient les responsables et techniciens en charge du dossier, sachant que plusieurs de leurs prédécesseurs se sont retrouvés devant la justice et ont payé cher leurs décisions. Quoi qu’il en soit, le pays a besoin d’une solution.

Les conséquences de cette fermeture se font déjà sentir sur la vie quotidienne du citoyen et le fonctionnement de l’économie et peuvent s’avérer désastreuses à long terme sur la sécurité publique. Trois ans sans un seul véhicule neuf qui entre en Algérie, mis à part ceux importés par des particuliers par leurs propres moyens et ceux montés dans les usines d’assemblages avant leur fermeture progressive à partir de 2019, la situation devient de plus en plus intenable.

Forte hausse des prix de l’occasion

La rareté de l’offre a fait prendre des ailes aux véhicules d’occasion. Les prix proposés dépassent tout entendement. Une petite citadine coréenne est proposée à près de 5 millions de dinars sur un site spécialisé.

Ce prix, inimaginable il y a seulement quelques mois, est tourné en dérision sur les réseaux sociaux. Même les vieux tacots sont inaccessibles pour de larges franges de la population. Le véhicule est redevenu un luxe pour les Algériens après la période faste des années 2008-2018.

Dans un pays où le réseau de transport public est ce qu’il est, la voiture s’avère pourtant comme un produit de première nécessité. A Alger par exemple, le métro, qui rend depuis dix ans d’énormes services à une partie des habitants, est à l’arrêt depuis le début de la crise sanitaire. Plus de 18 mois après, il est toujours fermé pour des raisons obscures.

Des effets dramatiques sur le long terme

Les liaisons inter-wilayas et interurbaines proposent des services médiocres, avec une offre souvent insuffisante, des horaires non respectés et un matériel parfois usagé. Le train aussi ne couvre qu’une partie du territoire, avec également un service qui laisse à désirer. Avec l’inaccessibilité du véhicule particulier, c’est la mobilité des Algériens qui s’en trouve affectée, l’activité économique avec.

« La voiture aurait pu être un produit de luxe si nous avions un transport urbain et suburbain de qualité et qui satisfait les besoins des consommateurs algériens », résume Mustapha Zebdi, président de l’Association algérienne de protection des consommateurs (APOCE).

Les répercussions sur le moyen et long termes pourraient être dramatiques. Le parc automobile national, estimé à 6 millions de véhicules, a besoin d’être renouvelé progressivement, à raison d’au moins 100 000 véhicules neufs par an. La suspension des importations fait que les véhicules destinés à être retirés de la circulation pour leur dangerosité continuent à servir, faute de mieux.

Le risque d’augmentation du nombre d’accidents mortels est réel. D’autant plus que la pénurie et la cherté touchent aussi la pièce détachée. Contrairement au véhicule qui ne peut être importé qu’à travers les circuits officiels -à de rares exceptions-, la pièce de rechange peut transiter en grandes quantités à travers les réseaux informels.

Laisser les choses en l’état c’est prendre le risque de voir le marché national inondé par une pièce contrefaite, non conforme et non contrôlée, sans compter le manque à gagner pour le Trésor public.

La gestion rationnelle des réserves de change est une nécessité impérieuse dans la conjoncture actuelle, mais faciliter la mobilité des Algériens et préserver leur sécurité revêtent aussi une importance cruciale.

Une autre solution que le blocage total est d’autant plus envisageable que, ni dans l’esprit des concessionnaires ni dans celui des citoyens, il n’est question de retourner à la folie de la première moitié des années 2010 où il était arrivé à l’Algérie d’importer plus de 400 000 véhicules pour 7 milliards de dollars par an.

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