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Santé : les promesses de l’immunothérapie dans la lutte contre le cancer

Santé : les promesses de l’immunothérapie dans la lutte contre le cancer

L’immunothérapie remplacera-t-elle un jour la chimiothérapie pour lutter contre le cancer ? Qualifiée par certains de révolution et couronnée par le prix Nobel de médecine lundi, cette technique en plein essor consiste à renforcer les défenses du corps contre la maladie.

« L’immunothérapie explose, c’est peut-être la voie la plus importante découverte récemment pour traiter le cancer », explique le chercheur français Pierre Goldstein. « C’est une révolution équivalente à l’arrivée des antibiotiques », s’enthousiasme Eric Vivier, chercheur à l’Inserm. Il est aussi directeur scientifique d’Innate Pharma, société de biotechnologie française spécialisée dans la recherche de traitements des cancers par immunothérapie.

Cette technique n’en est encore qu’à ses débuts et ne fonctionne pas sur tous les patients. Mais les espoirs qu’elle porte incitent l’industrie pharmaceutique à investir lourdement.

A la date de juillet dernier, il y avait quelque 800 essais cliniques en cours dans le monde et plus de 30 médicaments en développement, selon un décompte de l’American Cancer Society.

Pour se défendre contre ce qui est étranger à notre organisme, le corps s’appuie sur des globules blancs appelés lymphocytes T.

Mais ces cellules de défense portent sur leur surface des molécules dites « inhibitrices », qui peuvent freiner leur efficacité sous l’action des cellules cancéreuses.

L’immunothérapie consiste à neutraliser ces molécules inhibitrices (dont deux sont nommées CTLA-4 et PD-1) en utilisant des protéines appelées anticorps. Le but: lever ces freins et permettre ainsi aux lymphocytes, et donc à l’organisme, de se défendre contre le cancer.

– « Plus aucune option » –

CTLA-4 a été découverte par Pierre Goldstein et son équipe en 1987. « Mais ce sont les lauréats du Nobel qui ont développé les anticorps correspondants », explique ce directeur de recherche émérite de l’Inserm à Marseille.

« Ces médicaments ont transformé les perspectives de nombreux patients à qui il ne restait plus aucune option », souligne le professeur Charles Swanton, de l’association britannique de lutte contre le cancer Cancer Research UK.

« Depuis 2011, la FDA et l’EMA (les autorités sanitaires américaine et européenne, ndlr) ont approuvé l’administration d’anticorps médicaments pour le mélanome métastasé, le cancer du poumon avancé, le cancer du rein métastasé et pour des cancers ORL et de la vessie », énumère la professeur Laurence Zivogel. Cette chercheuse Inserm est immuno-oncologue à l’Institut Gustave Roussy, près de Paris, premier centre de lutte contre le cancer en Europe.

Malgré les espoirs qu’ils portent, ces traitements ne sont « pas complètement inoffensifs », prévient le professeur Goldstein.

« Les cellules du système immunitaire activées peuvent causer certaines manifestations auto-immunes, cutanées ou contre certains organes endocriniens », ajoute-t-il, en précisant que ces effets indésirables peuvent être contrôlés.

Au-delà du cancer, l’immunothérapie « a provoqué une révolution dans la manière d’envisager l’utilisation du système immunitaire afin de combattre d’autres maladies », assure le professeur Dan Davis, immunologue à l’université de Manchester (Angleterre).

« Je pense qu’on ne voit encore que la partie émergée de l’iceberg et que de nombreux autres médicaments sont à l’horizon », espère-t-il.

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