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Trêve à Gaza : un autre échec pour le gouvernement israélien

Trêve à Gaza : un autre échec pour le gouvernement israélien

La trêve de quatre jours dans la guerre à Gaza a pris effet vendredi 24 novembre. Après plus d’un mois et demi de bombardements sans précédent sur la population civile de l’enclave palestinienne, le gouvernement israélien a dû accepter une trêve qu’il refusait d’envisager jusque-là et qu’il considérait lui-même comme synonyme d’une victoire du Hamas. Un gros échec pour Israël ?

Le verdict de cette guerre ne pourra être établi qu’à sa fin, qui semble encore loin à en croire les déclarations concordantes des responsables israéliens. Ces derniers répètent à l’envi que les bombardements aériens et les incursions terrestres reprendront à l’issue des quatre jours de trêve, même s’il reste toujours l’espoir que les Etats qui ont facilité les négociations réussissent à obtenir le prolongement du cessez-le-feu.

A l’issue de 50 jours de guerre, ni le Hamas ni Israël n’ont gagné.  Mais s’il y a lieu de situer l’échec, il est plus du côté Israélien. L’attaque surprise du 7 octobre est elle-même reconnue, y compris en Israël, comme un échec retentissant pour ce pays, son armée, ses services de renseignement et son équipement d’espionnage, censés faire partie des plus efficaces au monde, en tout cas les plus redoutables de la région. Les combattants du Hamas ont frappé sur le territoire israélien, tué 1200 personnes entre civils et militaires et pris 250 otages. Jamais l’Etat hébreu n’a connu pareil affront en 75 ans d’existence.

Un affront que le gouvernement d’extrême-droite de Benyamin Netanyahou a promis de laver. Mais s’exprimant et agissant dans la précipitation et sous le coup de l’émotion et de l’affolement, il a commis la maladresse de placer la barre très haut en promettant d’éradiquer le Hamas de la bande de Gaza.

Non pas que le Hamas soit imbattable, mais dans la configuration actuelle du conflit, il était imprudent de sous-estimer ses atouts. Le mouvement palestinien compte des milliers de combattants aguerris et dispose d’un vaste réseau de tunnels sous la ville de Gaza qui est un minuscule territoire presque entièrement urbanisé, avec l’une des densités de population les plus fortes au monde. En plus, il détient désormais plus de 200 otages israéliens.

Entreprendre de l’éradiquer c’est prendre le risque d’aller vers une guerre longue, très coûteuse pour les civils, par conséquent désastreuse pour l’image d’Israël, et mettre en péril la vie des otages.

La reprise de la guerre à Gaza risque de reproduire les mêmes échecs pour Israël

Et c’est ce qui vient de se passer pendant les 50 derniers jours. En moins de deux mois, l’armée israélienne a tué 15 000 civils, dont plus de 6000 enfants et 4000 femmes. Le monde est ahuri par les images parvenant de l’enclave, notamment celles des attaques contre les hôpitaux. Le soutien occidental, très fort après l’attaque du 7 octobre, s’effrite à vue d’œil.

Le Hamas a régulièrement annoncé la mort d’otages sous les bombardements et l’armée israélienne elle-même a reconnu la mort d’une soixantaine de soldats dans les combats sans pouvoir avancer le moindre chiffre quant aux pertes du Hamas.

En près de deux mois, les unités israéliennes ont pu prendre pied dans le nord de la bande de Gaza au prix que l’on sait, mais le Hamas est toujours là et le gouvernement israélien a été contraint de négocier avec lui et d’accepter une trêve qu’il refusait fermement il y a quelques semaines. Pour la destruction des capacités du mouvement palestinien, aucun bilan n’a été avancé par Israël.

Le Hamas n’a pas gagné, certes. On ne peut pas parler de victoire avec un tel bilan parmi les civils et la destruction totale de quartiers entiers. Mais le cours des évènements laisse entrevoir des jours plus difficiles, voire de nouveaux gros échecs pour le gouvernement israélien.

Si celui-ci reprend son agression à l’issue de la trêve, il y a de fortes chances que le même schéma soit reproduit, avec de nouveau carnages qui indigneront davantage l’opinion publique internationale et par conséquent les gouvernements étrangers y compris occidentaux. Si justement la trêve a fini par être acceptée, c’est sans doute aussi à cause des pressions de ces derniers.

La poursuite de la guerre induira aussi inévitablement des pertes supplémentaires dans les rangs de l’armée israélienne et un mécontentement grandissant des familles des otages restants.

La libération d’une cinquantaine d’otages ou de prisonniers par le Hamas s’apparente en effet à un autre piège tendu par le mouvement palestinien qui risque de faire monter la pression sur le gouvernement israélien en interne. Le Hamas a prouvé sa disposition à relâcher les otages quand il y a une contrepartie et toute tournure fâcheuse sera désormais imputée à Netanyahou et son cabinet.

En outre, la résistance palestinienne a obtenu la libération de 150 personnes détenues dans les prisons israéliennes. Netanyahou et son gouvernement sont encore loin de tenir leur promesse de l’éradiquer.

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