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Célébrations des Algériens en France : du pain béni pour l’extrême-droite

C’est devenu un rituel. Chaque grande victoire de l’équipe d’Algérie de football dans une compétition internationale donne lieu à des scènes de liesse des Algériens établis en France puis à des tentatives de l’extrême-droite dans ce pays de les instrumentaliser pour crier à l’insécurité et au spectre du « grand remplacement ».

Le sacre des Verts en Coupe arabe, samedi soir face à la Tunisie (2-0) ne pouvait pas déroger à la règle. Les Algériens avaient manifesté notamment à Paris le 11 décembre après la victoire de leur équipe face au Maroc en quarts de finale de la même compétition, avec quelques débordements.

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Dès le lendemain, Marine Le Pen, présidente du Rassemblement national et candidate à l’élection présidentielle du printemps prochain a réagi pour promettre « la fin de l’impunité » dans « 4 mois », c’est-à-dire lorsqu’elle sera élue présidente de la République.

« Hier, des supporters algériens ont à nouveau tout cassé et agressé les forces de l’ordre sur les Champs Elysées, au motif de la victoire de leur équipe. Dans 4 mois, ce sera la fin de l’impunité. Qu’ils en soient bien conscients », a-t-elle tweeté.

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Dans la foulée, la préfecture de police de Paris a pris la décision d’interdire toute manifestation dans un large secteur autour de la célèbre avenue parisienne en prévision de la finale Algérie-Tunisie.

Les deux pays ont une forte communauté établie en France et l’interdiction est valable pour les deux galeries.

« Suite aux débordements survenus lors des matchs précédents de cette coupe, durant lesquels de nombreux supporters de football s’étaient rassemblés sur l’avenue des Champs-Elysées, envahissant les voies de circulation et envoyant projectiles, fumigènes et mortiers en direction des forces de l’ordre », avait décrété la préfecture.

Samedi soir, à l’issue d’un long suspense, l’Algérie soulève le trophée dans la capitale du Qatar, Doha. A quelques milliers de kilomètres de là, à Paris, les Algériens sortent dans les rues, comme ils ont l’habitude de le faire, le drapeau vert-blanc-rouge bien en vue.

La police a tenté de faire respecter l’interdiction de manifester sur les Champs-Elysées, mais un millier de supporters ont pu tromper la vigilance du dispositif de sécurité mis en place à cet effet. Des débordements et des affrontements ont eu lieu.

« Les forces de l’ordre ont dispersé les supporters qui se sont rassemblés et verbalisé ceux qui se sont maintenus malgré la dispersion », a rapporté l’AFP, citant une source policière. La préfecture de police précise qu’il y a eu 130 verbalisations, et le journal Ouest-France avance le chiffre de 378 personnes verbalisées « pour non-respect de l’arrêté préfectoral interdisant l’accès aux Champs ».

Dramatisation et récupération

A Lyon, la presse locale fait état d’embouteillages, de stations de métro fermées par mesure de précaution et des escarmouches avec les forces de l’ordre qui ont usé de gaz lacrymogènes.

En somme, rien de très grave, mais pas aux yeux des tenants du discours extrémiste et anti-immigration.  Eric Zemmour, lui aussi candidat à la prochaine présidentielle, n’a pas réagi, mais l’un de ses principaux soutiens s’est chargé de le faire, dans un exercice de dramatisation et de récupération pour tenter de présenter Zemmour comme celui qui rétablira l’ordre.

Il fait d’ailleurs la même promesse que Marine Le Pen. « Ces racailles qui saccagent  les Champs Elysées après la victoire de l’Algérie scandent « Zemmour on t’*** ». Ils ont bien compris que le seul pour s’opposer à eux c’était lui. En 2022, c’est terminé », a tweeté Stanislas Rigaut, président de Génération Z.

Bien qu’il ne s’est rien passé qui puisse justifier une levée de boucliers générale, cette coupe arabe et la victoire finale de l’Algérie sont tombées comme du pain béni en pleine précampagne électorale pour une extrême-droite qui a déjà réussi à imposer les thèmes de l’identité, de l’immigration et de l’Islam à la présidentielle, à fortiori en pleine crise sans précédent entre l’Algérie et la France sur la question mémorielle notamment.

Eric Ciotti était le plus à droite des cinq candidats à l’investiture du parti Les Républicains. Avec un discours plus proche des thèses de l’extrême-droite que de celui de la droite traditionnelle, il s’est hissé jusqu’au second tour où il a été battu par Valérie Pécresse.

 Il ne pouvait logiquement pas laisser passer l’opportunité des célébrations des supporters algériens pour rappeler que l’heure est grave.

Dans sa réaction aux événements de samedi soir, Ciotti adopte une posture encore plus extrémiste. Il ne dénonce pas des faits répréhensibles vrais ou supposés, mais seulement le fait que des Algériens manifestent à Paris avec le drapeau de leur pays.

« Les rues de Paris bloquées. Les drapeaux algériens ont investi la capitale. La première ville de France vit ce soir aux rythmes des ‘one,two, three, viva l’Algérie’. Et certains voudraient nous faire croire que tout va très bien », a écrit celui qu’Eric Zemmour a invité à rejoindre son camp après sa défaite à la primaire des Républicains.

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